Un régime végétarien bien construit couvre la plupart des besoins, mais trois nutriments méritent une attention particulière : la vitamine B12, le fer et les oméga-3 à longue chaîne. Leur niveau de risque diffère. Voici l’ordre de priorité que suggèrent les études, et comment surveiller chacun sans supplémentation à l’aveugle.

En bref – Dans un régime végétarien, la vitamine B12 est le premier nutriment à surveiller, car aucun végétal n’en fournit de façon fiable et sa carence peut laisser des séquelles neurologiques. Le fer vient en deuxième : les réserves (ferritine) des végétariens sont plus basses en moyenne, surtout chez les femmes qui ont leurs règles, mais un bilan sanguin doit précéder toute cure. Les oméga-3 EPA et DHA arrivent en troisième : leur taux sanguin est plus faible chez les végétariens, sans conséquence clinique démontrée chez l’adulte en bonne santé.
Pourquoi la vitamine B12 passe en premier
La vitamine B12 arrive en tête parce qu’elle n’existe presque que dans les produits animaux. Selon les références nutritionnelles de l’Anses (2021), elle est fabriquée par des bactéries et se trouve surtout dans les abats, le poisson, les œufs, la viande et les produits laitiers. L’adulte en a besoin de 4 µg par jour, 5 µg pendant l’allaitement.
Avec un régime végétarien, les chiffres de carence sont élevés. D’après la revue de Pawlak et coll. (2014), qui a rassemblé 40 études, la déficience touche de 0 à 86,5 % des adultes végétariens selon les études, et de 17 à 39 % des femmes enceintes. Les végétaliens sans complément sont les plus exposés. Un régime végétarien avec œufs et laitages réduit le risque sans le supprimer.
Le piège tient au délai : le foie stocke la B12 pendant des années, et le déficit s’installe sans bruit. Il se manifeste ensuite par une fatigue, des fourmillements ou des troubles de la mémoire. Selon l’Anses, les atteintes nerveuses régressent mal une fois installées : c’est le dommage le plus durable des trois.
Les algues comme la spiruline n’y suffisent pas : elles contiennent surtout des formes inactives pour l’homme. Pour l’Academy of Nutrition and Dietetics (2016), les végétaliens ont besoin d’une source fiable : aliments enrichis ou complément.
Le fer : des réserves plus basses, surtout chez les femmes
Le fer passe en deuxième position : avec un régime végétarien, on en consomme souvent autant qu’un omnivore, mais on en absorbe moins. Le fer des végétaux est dit non héminique, et son absorption est freinée par les phytates des céréales complètes et des légumineuses. Hallberg et coll. (1989) ont montré que 25 mg de phosphore phytique suffisent à réduire l’absorption du fer de 64 %,, effet limité par la vitamine C.
Les réserves d’un régime végétarien s’en ressentent. Dans la méta-analyse de Haider et coll. (2018), qui a regroupé 24 études, la ferritine des végétariens était plus basse de 29,7 µg/L en moyenne que celle des non-végétariens. Selon une revue de 13 études (Pawlak et coll., 2018), 12 à 79 % des végétariennes avaient une ferritine inférieure à 12 µg/L.
Les besoins rendent l’équation serrée. les références nutritionnelles de l’Anses (2021) fixent la référence à 11 mg par jour pour un homme, et à 16 mg pour une femme aux règles abondantes. Le rapport cite une estimation américaine : un besoin 1,8 fois plus élevé pour un régime végétarien. Pour Hunt (2003), aucun effet néfaste de ces réserves plus basses n’a été démontré avec une alimentation variée.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’anémie touche 30 % des femmes de 15 à 49 ans dans le monde. Fatigue, pâleur ou chute de cheveux justifient un dosage de la ferritine. Voir notre article sur la ferritine basse.
Les oméga-3 : un écart réel, des conséquences moins établies
Les oméga-3 EPA et DHA arrivent en troisième : l’écart est net dans le sang, ses effets restent mal connus chez l’adulte. Dans l’étude EPIC-Oxford de Rosell et coll. (2005), sur 659 hommes britanniques, la part d’EPA et de DHA du plasma était plus faible avec un régime végétarien ou végétalien qu’avec une alimentation carnée, sans baisser avec les années.
L’organisme fabrique de l’EPA à partir de l’acide alpha-linolénique (ALA) du lin, des noix et du colza. Selon Burdge et Calder (2005), cette conversion reste limitée chez l’homme, et la transformation en DHA est très faible. l’avis de l’Anses sur les acides gras (2011) recommande 250 mg de DHA et 500 mg d’EPA et DHA par jour chez l’adulte, en plus de l’ALA.
Pour un régime végétarien sans poisson, le DHA des microalgues offre une piste. Dans un essai de Arterburn et coll. (2008) mené chez 32 adultes, 600 mg de DHA par jour issus d’huile d’algue ont élevé le DHA sanguin autant qu’une portion de saumon cuit. Pour les repères chiffrés, voir notre article sur la quantité d’oméga-3 par jour.
Fer, B12 ou oméga-3 : le tableau des priorités
Ce tableau classe les trois nutriments du régime végétarien selon le risque pour un adulte, d’après la revue systématique de Neufingerl et Eilander (2021), portant sur 141 études et les sources citées plus haut.
| Priorité | Sources végétariennes | Repère adulte | Dosage utile | Conséquence d’un manque |
|---|---|---|---|---|
| 1. Vitamine B12 | Œufs, laitages, aliments enrichis | 4 µg/j (adulte) | Vitamine B12 sérique, parfois homocystéine | Séquelles nerveuses possibles |
| 2. Fer | Lentilles, tofu, graines de courge, avec vitamine C | 11 à 16 mg/j | Ferritine, hémoglobine | Fatigue, anémie |
| 3. Oméga-3 EPA et DHA | Lin, noix, colza (ALA), huile d’algue | 250 mg/j de DHA | Rarement dosé en routine | Mal établies chez l’adulte |
Méthode : surveiller son régime végétarien en 5 étapes
Voici une routine simple qui découle de ces priorités :
- Prévoir une source fiable de vitamine B12 dès le passage au régime végétarien, sans attendre les symptômes : aliments enrichis ou complément.
- Faire doser B12 et ferritine après 6 à 12 mois, puis régulièrement.
- Associer à chaque repas riche en fer végétal une source de vitamine C (poivron, agrumes, kiwi), et décaler thé et café d’une heure.
- Ajouter chaque jour une source d’ALA, par exemple une cuillère d’huile de colza ou de graines de lin moulues.
- Parler du DHA d’algue au médecin ou à la sage-femme en cas de projet de grossesse, de grossesse ou d’allaitement.
Le fer ne se prend pas « au cas où » : un excès a aussi ses inconvénients, comme le souligne la fiche fer de l’Anses. La cure se décide sur un bilan, et sa forme compte pour la tolérance, comme l’explique notre article sur le fer bisglycinate.
Quels compléments pour un régime végétarien ?
Si le bilan montre qu’un régime végétarien ne couvre pas les besoins, un complément peut combler l’écart. Fer, de la gamme PHS, apporte en 2 gélules végétales 13,8 mg de fer sous forme de bisglycinate et 3 µg de vitamine B12. Selon le règlement européen 432/2012, le fer contribue à la formation normale de globules rouges et d’hémoglobine, et la vitamine B12 contribue à réduire la fatigue. Il couvre les deux premières priorités, après avis médical.
Pour le DHA, DHA Liposomé+, de la gamme HOD, est tiré de la microalgue Schizochytrium, sans poisson. Sa dose de 3 ml fournit environ 234 mg de DHA. Pendant la grossesse ou l’allaitement, l’avis du médecin s’impose avant toute prise.
Questions fréquentes sur le régime végétarien
Faut-il forcément une supplémentation en B12 dans un régime végétarien ?
Chez les végétaliens, oui : aucun végétal n’apporte de B12 active de façon fiable. Avec œufs et laitages, une partie des 4 µg quotidiens est couverte, souvent pas la totalité. Un dosage sanguin permet de savoir si des aliments enrichis ou un complément sont nécessaires.
Les végétariens manquent-ils toujours de fer ?
Non. Leurs réserves de fer sont plus basses en moyenne, d’environ 30 µg/L de ferritine selon une méta-analyse de 24 études, mais beaucoup restent dans les normes. Les femmes réglées sont les plus exposées. Seul un dosage de la ferritine permet de trancher avant de prendre du fer.
Les graines de lin suffisent-elles pour les oméga-3 ?
Elles apportent de l’ALA, que l’organisme transforme peu en EPA et très peu en DHA. Une cuillère de graines moulues ou d’huile de colza par jour reste utile. Pendant la grossesse, le DHA d’huile de microalgue est une option à discuter avec le médecin.
Quels examens demander quand on suit un régime végétarien ?
Un dosage de la vitamine B12 et de la ferritine, avec une numération sanguine, donne une bonne vue d’ensemble. Un premier bilan 6 à 12 mois après le changement d’alimentation, puis régulièrement, est une base raisonnable.
⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.
Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.
Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.
Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

