Chardon-Marie : comment la silymarine agit sur les cellules du foie

Illustration : Chardon-Marie : comment la silymarine agit sur les cellules du foie

Le chardon-Marie est une plante méditerranéenne dont les fruits renferment la silymarine, un mélange de flavonolignanes étudié depuis les années 1970 pour son action sur les hépatocytes, les cellules du foie. Les mécanismes observés en laboratoire sont solides, les résultats chez l’humain beaucoup plus modestes.

chardon-Marie : fleurs violettes et fruits séchés de Silybum marianum dans un bol en céramique

En bref – Le chardon-Marie (Silybum marianum) est une plante de la famille des astéracées dont les fruits contiennent la silymarine, surtout la silybine. En laboratoire, la silymarine freine l’entrée de certaines toxines dans les hépatocytes, stimule leur production de protéines et limite le stress oxydatif et l’inflammation. Chez l’humain, les essais restent peu concluants : la revue Cochrane de 2007 ne trouve pas d’effet sur la mortalité des maladies du foie, et celle de 2025 une baisse des transaminases de faible certitude. L’EMA reconnaît un usage traditionnel pour soulager les troubles digestifs mineurs et soutenir la fonction hépatique, une fois toute maladie écartée par un médecin. Aucun complément ne remplace le suivi d’une maladie du foie.

Chardon-Marie et silymarine : de quoi parle-t-on ?

La silymarine désigne l’extrait actif des fruits du chardon-Marie, improprement appelés graines. D’après le Vidal, ce mélange réunit plusieurs flavonolignanes : silybines, isosilybines, silychristine et silydianine. Les études cliniques ont utilisé des extraits standardisés à au moins 70 % de silymarine.

La silybine reste le composant le plus abondant et le plus actif. La revue de Bijak (2017) décrit sa structure, formée d’une unité de taxifoline reliée à un alcool coniférylique,, étudiée en médecine depuis les années 1970.

Comme l’artichaut et sa feuille amère, elle relève de la tradition des plantes dites du foie et de la bile.

Comment la silymarine agit sur les cellules du foie

Les travaux de laboratoire décrivent quatre modes d’action de la silymarine sur l’hépatocyte. Ils viennent de cellules isolées ou d’animaux.

Elle freine l’entrée de certaines toxines. L’amanitine, le poison de l’amanite phalloïde, pénètre dans les hépatocytes humains par un transporteur de membrane, OATP1B3. L’équipe de Letschert et coll. (2006) a montré que la silibinine, forme injectable de la silybine, inhibe cette entrée sur des cellules en culture. C’est la base de son usage à l’hôpital, par perfusion, dans les intoxications par ce champignon.

Elle stimule la fabrication des protéines. Dans des noyaux de cellules de foie de rat, Machicao et Sonnenbichler (1977) ont observé que la silybine accélère la synthèse de l’ARN ribosomique en activant l’ARN polymérase A. Plus de ribosomes, c’est plus de protéines pour renouveler les hépatocytes.

Elle limite le stress oxydatif et l’inflammation. La revue de Federico et coll. (2017) décrit une baisse de la peroxydation des lipides membranaires, un effet anti-inflammatoire et une action sur la fibrose, et un effet sur les mitochondries dans les modèles de stéatose.

Elle est mal absorbée. Selon Javed et coll. (2011), la silymarine est peu soluble, vite métabolisée et éliminée par la bile : sa biodisponibilité orale reste faible. D’où les formes associées à des phospholipides, comme la lécithine, dont notre article sur la lécithine et les liposomes explique le principe.

Tableau : les mécanismes de la silymarine et leur niveau de preuve

MécanismeCe qui a été observéNiveau de preuve
Blocage de l’entrée des toxinesLa silibinine inhibe le transporteur OATP1B3 qui fait entrer l’amanitine dans l’hépatocyteCellules humaines en culture (2006)
Synthèse des protéinesActivation de l’ARN polymérase A et de l’ARN ribosomiqueFoie de rat (1977)
Effet antioxydantMoins de peroxydation des lipides des membranesCellules et animaux, revue 2017
Effet sur la fibroseMoins de fibrose à la biopsie chez 22,4 % des patients contre 6,0 % sous placeboUn essai de 99 patients (2017)
Transaminases (ALAT)Baisse moyenne de 7,21 U/L dans la stéatose métaboliqueCochrane 2025, certitude très faible

Ce que montrent les essais chez l’humain

Chez l’humain, les bénéfices du chardon-Marie sur les maladies du foie ne sont pas démontrés. La revue Cochrane de Rambaldi et coll. (2007) a réuni 18 essais et 1 088 patients atteints de maladie alcoolique du foie ou d’hépatite B ou C. Elle ne trouve aucun effet sur la mortalité ni sur les complications, et le léger bénéfice sur la mortalité liée au foie disparaît dans les essais de bonne qualité.

L’essai américain de Fried et coll. (2012) a donné 420 mg ou 700 mg de silymarine trois fois par jour, pendant 24 semaines, à 154 personnes atteintes d’hépatite C. Les transaminases n’ont pas baissé davantage que sous placebo.

Dans la stéatose hépatique non alcoolique, l’essai malaisien de Wah Kheong et coll. (2017) n’a pas atteint son objectif principal après 48 semaines à 700 mg trois fois par jour : 32,7 % de répondeurs contre 26,0 % sous placebo. La revue Cochrane de Wang et coll. (2025), sur 17 essais et 2 069 participants, conclut à une baisse possible des transaminases, avec des preuves de certitude très faible.

Ces maladies pèsent lourd. Selon l’OMS, l’alcool a causé environ 2,6 millions de décès dans le monde en 2019. En France, l’Inserm estime qu’environ 400 000 personnes vivent avec une cirrhose, associée à 10 000 à 15 000 décès par an. Leur prise en charge relève du médecin, pas d’un complément.

Usage traditionnel : ce que reconnaît l’Europe

Pour l’Agence européenne des médicaments (EMA), les préparations de fruits de chardon-Marie peuvent être utilisées, sur la base d’un usage traditionnel d’au moins 30 ans, pour soulager les troubles digestifs comme la sensation de lourdeur et l’indigestion, et pour soutenir la fonction hépatique. Deux conditions : être adulte, et qu’un médecin ait d’abord écarté une affection sérieuse.

Côté compléments alimentaires, le registre européen des allégations de santé ne contient à ce jour aucune allégation autorisée pour la silymarine.

Après des excès ponctuels, le chardon-Marie s’utilise donc en cure courte, pour le confort digestif. Notre article sur la gueule de bois et le foie rappelle ce que l’alcool impose à l’organisme.

Méthode : utiliser le chardon-Marie avec prudence

Avant de commencer une cure de chardon-Marie, ces étapes permettent de l’utiliser dans le bon cadre :

  1. Faire écarter une maladie du foie si vous avez des transaminases élevées, une fatigue inexpliquée ou des troubles digestifs qui durent.
  2. Choisir un extrait titré : la teneur en silymarine (souvent 70 à 80 %) doit figurer sur l’étiquette.
  3. Prendre la plante pendant les repas, en cure de 2 à 3 semaines.
  4. Consulter si les symptômes persistent au-delà de 2 semaines ou s’aggravent, comme le demande l’EMA.
  5. Signaler la cure à votre médecin ou pharmacien si vous prenez un traitement, surtout un médicament à marge thérapeutique étroite.

La revue de Soleimani et coll. (2019) juge la silymarine bien tolérée, y compris à 700 mg trois fois par jour pendant 24 semaines, avec surtout des nausées ou des diarrhées.

Qui doit éviter le chardon-Marie ?

Certaines situations imposent un avis médical avant toute cure de chardon-Marie, ou la déconseillent :

  • Allergie aux astéracées (ambroisie, armoise, camomille, artichaut) : risque de réaction croisée.
  • Grossesse, allaitement et enfants : les données manquent, l’usage est réservé à l’adulte.
  • Maladie du foie connue, hépatite, cirrhose ou calculs biliaires : la cure se discute avec l’hépatologue.
  • Ingestion de champignons sauvages suivie de vomissements ou de diarrhée : appeler le 15 ou un centre antipoison, jamais d’automédication.

Questions fréquentes sur le chardon-Marie

Comment agit la silymarine du chardon-Marie sur le foie ?

En laboratoire, la silymarine freine l’entrée de certaines toxines dans les hépatocytes, stimule leur production de protéines et limite le stress oxydatif et l’inflammation. Chez l’humain, les essais cliniques restent peu concluants, et la silymarine est mal absorbée par voie orale.

Le chardon-Marie remplace-t-il le suivi d’une maladie du foie ?

Non. La revue Cochrane de 2007, sur 18 essais, ne montre pas d’effet sur la mortalité des maladies alcooliques ou virales du foie. L’EMA reconnaît seulement un usage traditionnel pour les troubles digestifs mineurs et le soutien de la fonction hépatique, une fois toute maladie écartée. Une hépatite ou une cirrhose relève d’un suivi médical.

Combien de temps faire une cure de chardon-Marie ?

Les compléments au chardon-Marie se prennent en général en cure de 2 à 3 semaines, au cours des repas. Selon l’EMA, si les troubles durent plus de 2 semaines ou s’aggravent pendant la prise, il faut consulter un médecin ou un pharmacien.

Le chardon-Marie a-t-il des effets indésirables ?

La silymarine est en général bien tolérée, même à fortes doses dans les essais. Les effets rapportés sont surtout digestifs : nausées, diarrhée, ballonnements. Des réactions allergiques sont possibles chez les personnes sensibles aux astéracées. Demandez conseil à votre pharmacien si vous prenez un traitement au long cours.

Le chardon-Marie aide-t-il après une intoxication aux champignons ?

Une forme injectable de silybine est utilisée à l’hôpital dans les intoxications par l’amanite phalloïde, en plus d’autres soins. Un complément alimentaire n’a aucune place dans cette situation d’urgence. Après la consommation de champignons sauvages suivie de troubles digestifs, appelez le 15 ou un centre antipoison.

⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.

Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.

Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.

Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

Jean-Marie Butterlin

Rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex. Fondateur d'UltraSanté, coauteur de La Bible de la Longévité avec le Dr Moulay Ali Belghiti.

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