Spasmophilie : quel rôle joue vraiment le magnésium dans les crises ?

Illustration : Spasmophilie : quel rôle joue vraiment le magnésium dans les crises ?

La spasmophilie désigne en France des crises de fourmillements, d’oppression et de crispation des mains que l’on attribue souvent à un manque de magnésium. Les études racontent une histoire plus nuancée, où la respiration pèse davantage que le minéral.

spasmophilie : femme assise près d'une fenêtre qui respire lentement, mains posées sur la poitrine

En bref – La spasmophilie est un terme français, absent des classifications médicales internationales, qui regroupe des crises associant fourmillements des mains et des lèvres, crampes des doigts, oppression thoracique et forte anxiété. Dans la plupart des cas, ces symptômes correspondent à une hyperventilation : on respire trop vite, le gaz carbonique sanguin baisse et les nerfs deviennent plus excitables. Le magnésium contribue au fonctionnement normal du système nerveux et à une fonction musculaire normale, mais aucun essai solide ne montre qu’il fait cesser une crise. Une prise de magnésium peut soutenir le terrain quand les apports sont insuffisants. Une première crise, une douleur dans la poitrine ou des crises répétées justifient un avis médical.

Spasmophilie : un mot français pour une crise d’hyperventilation

La spasmophilie n’existe pas comme maladie dans les classifications internationales : ce mot ne se traduit dans aucune autre langue médicale. Les médecins y voient le plus souvent un syndrome d’hyperventilation, parfois au sein d’attaques de panique. La revue clinique de Scheen et coll. (2011) assimile d’ailleurs la crise de spasmophilie à une crise d’hyperventilation, à distinguer de l’hypoglycémie et de l’hypotension.

Ce trouble respiratoire est fréquent. La revue Cochrane de Jones et coll. (2013) estime que 9,5 % des adultes présentent un syndrome d’hyperventilation ou une respiration dysfonctionnelle, avec essoufflement, oppression thoracique ou vertiges, et parfois des fourmillements.

Selon l’OMS, le trouble panique fait partie des troubles anxieux : il se traduit par des attaques de panique répétées et la peur qu’elles reviennent. Une partie des personnes dites atteintes de spasmophilie relève en réalité de ce diagnostic.

Ce qui se passe dans le corps pendant une crise

La crise de spasmophilie suit un enchaînement physiologique connu. Sous l’effet du stress, la respiration s’accélère et devient haute. L’organisme rejette trop de gaz carbonique, le sang devient légèrement alcalin et une partie du calcium circulant se lie aux protéines. Le calcium libre, celui qui stabilise les nerfs, diminue.

Les nerfs périphériques deviennent alors plus excitables. Ce mécanisme explique les fourmillements autour de la bouche et dans les doigts, puis la crispation des mains en « main d’accoucheur ». Notre article sur les fourmillements dans les mains détaille les autres causes possibles de ce symptôme.

La peur entretient la spasmophilie : manquer d’air pousse à respirer plus vite. Ralentir l’expiration agit donc sur la cause.

Le magnésium dans la spasmophilie : ce que montrent les études

L’idée d’un déficit en magnésium à l’origine de la spasmophilie vient d’une hypothèse française des années 1970. Elle a popularisé les cures de magnésium, mais les données récentes la fragilisent.

Le dosage sanguin renseigne mal. D’après l’Anses, le corps adulte contient environ 25 g de magnésium, dont 50 à 60 % dans les os et seulement 1 % hors des cellules. La revue de Workinger et coll. (2018) rappelle qu’une magnésémie normale n’exclut pas un statut bas, et qu’aucun test simple ne fait consensus.

Le signe de Chvostek est peu fiable. Ce tressautement de la lèvre quand on tapote la joue servait de preuve de spasmophilie. Méneret et coll. (2013) l’ont retrouvé chez 6 jeunes internes en bonne santé sur 11. Sur 3 434 adultes américains, Hujoel (2016) n’a observé aucun lien avec un calcium sanguin bas.

Les essais portent sur l’anxiété, pas sur les crises. La revue systématique de Boyle et coll. (2017) a réuni 18 études : 4 sur 8 menées chez des personnes légèrement anxieuses rapportent un effet favorable du magnésium sur l’anxiété ressentie, avec une qualité de preuve jugée faible. Dans l’essai de Pouteau et coll. (2018), 264 adultes stressés à magnésémie basse ont reçu 300 mg de magnésium par jour, avec ou sans vitamine B6. Le score de stress a baissé de 42 à 45 % en 8 semaines dans les deux groupes, sans groupe placebo pour comparer.

Pour les crampes musculaires, la revue Cochrane de Garrison et coll. (2020) conclut que le magnésium est peu susceptible de les réduire chez les personnes âgées. Notre comparatif sur le magnésium bisglycinate et les autres formes aide à choisir une forme bien tolérée.

Tableau : ce qu’on prête au magnésium face à la spasmophilie

Idée répandueCe que disent les donnéesNiveau de preuve
Les crises viennent d’un manque de magnésiumLe mécanisme principal est l’hyperventilation, qui baisse le calcium librePhysiologie établie
Le signe de Chvostek prouve la spasmophiliePrésent chez 6 sujets sains sur 11, sans lien avec le calcium sanguinÉtudes d’observation
Une prise de sang tranche la questionSeul 1 % du magnésium est hors des cellules, le dosage sanguin renseigne malRevue 2018
Le magnésium apaise l’anxiétéEffet favorable possible chez les personnes anxieuses, preuves de faible qualitéRevue de 18 études
Le magnésium arrête une crise en coursAucun essai ne l’a montré, la respiration lente agit plus viteAbsence d’essai

Le registre européen des allégations de santé reconnaît que le magnésium contribue au fonctionnement normal du système nerveux, à une fonction musculaire normale, à une fonction psychologique normale et à réduire la fatigue. Ces allégations portent sur le terrain de la spasmophilie, pas sur la crise.

Méthode : que faire pendant une crise de spasmophilie

Une crise de spasmophilie impressionne mais cède en général en quelques minutes quand la respiration ralentit. Ces étapes s’appliquent quand le diagnostic a déjà été posé par un médecin :

  1. S’asseoir dans un endroit calme, épaules relâchées, pieds au sol.
  2. Respirer par le nez, une main sur le ventre, en laissant le ventre se gonfler plutôt que la poitrine.
  3. Allonger l’expiration : inspirer sur 4 secondes, expirer lentement sur 6 secondes, bouche entrouverte.
  4. Nommer ce qui se passe : « ce sont des fourmillements liés à ma respiration, ils vont passer ».
  5. Éviter le sac en papier, qui peut réduire l’oxygène et masquer un problème cardiaque ou respiratoire.

La revue Cochrane de 2013 n’a trouvé qu’un seul petit essai sur les exercices respiratoires, sans conclusion possible : leur intérêt repose surtout sur la physiologie et l’expérience clinique. Pour s’entraîner hors des crises, la cohérence cardiaque à 6 respirations par minute offre une méthode simple.

Quand consulter un médecin

Le diagnostic de spasmophilie ne se pose qu’après avoir écarté d’autres causes. Une consultation s’impose dans ces situations :

  • Douleur ou serrement dans la poitrine, surtout après 40 ans ou en cas de facteurs de risque cardiaque : appeler le 15.
  • Première crise, perte de connaissance, faiblesse d’un côté du corps ou trouble de la parole.
  • Crampes ou fourmillements sans essoufflement, après une chirurgie du cou ou de la thyroïde : une vraie baisse du calcium doit être recherchée.
  • Crises répétées ou peur permanente de la prochaine crise, qui évoquent un trouble panique.

Quand la spasmophilie cache un trouble panique, celui-ci répond bien à une prise en charge psychologique, comme les thérapies cognitives et comportementales, parfois associée à un traitement prescrit. Le magnésium ne remplace pas cette prise en charge.

Soutenir son terrain au quotidien

Pour l’Anses, l’apport satisfaisant en magnésium est de 380 mg par jour chez l’homme et 300 mg chez la femme. L’Anses fixe à 250 mg par jour la limite de magnésium sous forme de compléments, au-delà de laquelle des troubles digestifs apparaissent. Notre article magnésium ou potassium contre les crampes présente les aliments les plus riches.

Le sommeil, l’activité physique et moins de caféine limitent la tension nerveuse qui précède souvent une crise de spasmophilie. La rhodiola et l’éleuthérocoque sont traditionnellement utilisés pour le soulagement temporaire des symptômes liés au stress, comme la fatigue, chez l’adulte et sur de courtes périodes.

Questions fréquentes sur la spasmophilie

La spasmophilie est-elle une vraie maladie ?

Les symptômes sont bien réels, mais le mot spasmophilie n’existe pas dans les classifications médicales internationales. Les médecins décrivent le plus souvent un syndrome d’hyperventilation, parfois lié à un trouble panique. Ce diagnostic se pose après avoir écarté une cause cardiaque, neurologique ou une vraie baisse du calcium sanguin.

Le magnésium peut-il arrêter une crise de spasmophilie ?

Aucun essai ne montre qu’une prise de magnésium fait cesser une crise en cours. La crise vient surtout d’une respiration trop rapide : ralentir l’expiration agit en quelques minutes. Le magnésium contribue au fonctionnement normal du système nerveux et peut soutenir le terrain sur plusieurs semaines si les apports sont insuffisants.

Une prise de sang peut-elle révéler un manque de magnésium ?

Pour la spasmophilie, elle renseigne mal. Seul 1 % du magnésium du corps circule hors des cellules, et une magnésémie normale n’exclut pas un statut bas. Le médecin s’appuie surtout sur l’alimentation, les médicaments et les symptômes. Un dosage reste utile pour repérer une carence franche.

Quelle dose de magnésium prendre en complément ?

L’Anses fixe l’apport satisfaisant à 380 mg par jour pour l’homme et 300 mg pour la femme, alimentation comprise. Pour les compléments, la limite de sécurité est de 250 mg par jour, au-delà de laquelle des diarrhées peuvent survenir. En cas d’insuffisance rénale, aucun complément sans avis médical.

Faut-il respirer dans un sac en papier pendant une crise ?

Cette technique n’est plus conseillée. Elle peut faire baisser l’oxygène et retarder la reconnaissance d’un problème cardiaque ou respiratoire. Mieux vaut s’asseoir, respirer par le nez et allonger l’expiration sur 6 secondes. Une douleur dans la poitrine impose d’appeler le 15.

⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.

Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.

Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.

Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

Jean-Marie Butterlin

Rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex. Fondateur d'UltraSanté, coauteur de La Bible de la Longévité avec le Dr Moulay Ali Belghiti.

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