Valériane ou passiflore : quelle plante choisir pour mieux dormir ?

La valériane et la passiflore sont les deux plantes du soir les plus utilisées en Europe, mais elles ne répondent pas au même besoin. La première vise surtout la qualité du sommeil ressentie au réveil. La seconde agit plutôt sur la tension nerveuse qui retarde l’endormissement. Ce comparatif s’appuie sur les monographies de l’Agence européenne des médicaments (EMA) et sur les essais cliniques publiés, pour vous aider à choisir sans promesse excessive.

Racine de valériane séchée et fleur de passiflore près d'une tasse de tisane du soir

En bref – La valériane (Valeriana officinalis) est une plante dont la racine est reconnue par l’EMA, en usage bien établi, pour le soulagement de la tension nerveuse légère et des troubles du sommeil légers, à raison de 400 à 600 mg d’extrait sec pris 30 à 60 minutes avant le coucher. La passiflore (Passiflora incarnata) bénéficie d’un usage traditionnel pour les symptômes légers du stress mental et l’aide à l’endormissement. Les méta-analyses de 2006 et 2010 montrent une amélioration subjective du sommeil avec la valériane, sans réduction significative du temps d’endormissement mesuré. La passiflore a surtout été étudiée sur l’anxiété légère et la qualité de nuit perçue. Choisissez la valériane si vos nuits sont hachées et peu réparatrices, la passiflore si c’est le mental qui tourne au moment de s’endormir. Ni l’une ni l’autre ne remplace un avis médical en cas d’insomnie installée.

Valériane : ce que montrent réellement les études sur le sommeil

La valériane améliore la qualité du sommeil ressentie, mais les mesures objectives restent modestes. La méta-analyse de Bent et coll. publiée en 2006 dans l’American Journal of Medicine a regroupé 16 essais randomisés et 1093 participants : la probabilité de déclarer un meilleur sommeil était 1,8 fois plus élevée sous valériane que sous placebo, avec des effets indésirables comparables. Les auteurs soulignent toutefois la qualité inégale des essais et un possible biais de publication.

En 2010, l’équipe de Fernández-San-Martín, dans Sleep Medicine, a analysé 18 essais contrôlés. L’amélioration subjective de la qualité du sommeil était confirmée (risque relatif 1,37), mais le temps d’endormissement ne diminuait que de 0,7 minute en moyenne, un écart non significatif. Autrement dit, la valériane rend la nuit plus satisfaisante sans forcément raccourcir le délai avant le sommeil.

La revue de Shinjyo et coll. (2020), qui porte sur 60 études et 6894 sujets, arrive à la même conclusion : des résultats globalement favorables mais hétérogènes, que les auteurs attribuent à la variabilité des extraits et des dosages. La racine de valériane contient des acides valéréniques qui moduleraient les récepteurs GABA-A in vitro, un mécanisme plausible mais encore mal quantifié chez l’humain.

Côté réglementation, la monographie EMA de la racine de valériane retient un usage bien établi pour le soulagement de la tension nerveuse légère et des troubles du sommeil légers. Ce statut concerne les médicaments à base de plantes. Pour les compléments alimentaires, aucune allégation de santé sur la valériane n’a encore été autorisée par l’EFSA : les allégations botaniques restent en attente d’évaluation.

Passiflore : une plante de la détente plus que du sommeil profond

La passiflore agit d’abord sur la nervosité qui empêche de lâcher prise. La monographie EMA de la partie aérienne de passiflore lui reconnaît un usage traditionnel pour le soulagement des symptômes légers du stress mental et pour aider à l’endormissement, chez l’adulte et l’adolescent de plus de 12 ans. Le niveau de preuve est donc inférieur à celui de la valériane : il repose sur l’ancienneté de l’usage, pas sur un corpus d’essais cliniques robuste.

Les données cliniques existent mais restent de petite taille. L’essai de Ngan et Conduit (2011) a suivi 41 adultes buvant une tisane de passiflore pendant une semaine : la qualité de sommeil notée dans un agenda était significativement meilleure qu’avec la tisane placebo. En 2020, Lee et coll. ont mesuré par polysomnographie le sommeil de 110 adultes présentant un trouble de l’insomnie : après deux semaines d’extrait de passiflore, le temps de sommeil total avait augmenté par rapport au placebo.

Sur l’anxiété, l’essai pilote d’Akhondzadeh et coll. (2001) a comparé la passiflore à l’oxazépam chez 36 patients pendant quatre semaines, avec une efficacité jugée comparable et moins de gêne au travail, mais l’effectif reste trop faible pour conclure. Les flavonoïdes de la plante (vitexine, isovitexine) pourraient interagir avec le système GABA, selon des données précliniques.

Valériane ou passiflore : le comparatif en un tableau

Le tableau ci-dessous résume les différences utiles pour choisir. Les niveaux de preuve suivent la classification de l’EMA, qui distingue l’usage bien établi (données cliniques suffisantes) de l’usage traditionnel (ancienneté d’emploi d’au moins 30 ans).

CritèreValérianePassiflore
Partie utiliséeRacine et rhizomeParties aériennes (tiges, feuilles, fleurs)
Statut EMAUsage bien établi (extrait sec) et usage traditionnelUsage traditionnel uniquement
Indication reconnueTension nerveuse légère, troubles du sommeil légersSymptômes légers du stress mental, aide à l’endormissement
Effet le mieux documentéQualité du sommeil perçue (méta-analyses 2006, 2010)Détente, qualité de nuit perçue (essais de 41 et 110 sujets)
Effet sur le temps d’endormissementNon significatif (0,7 minute en moyenne)Non établi
Délai d’action2 à 4 semaines de prise régulière pour l’effet optimalPlutôt ponctuel, parfois dès les premiers soirs
Dose repère (médicament)400 à 600 mg d’extrait sec, 30 à 60 min avant le coucherSelon la forme : tisane, extrait sec ou teinture, voir monographie
Âge minimum12 ans12 ans
Allégation EFSA autoriséeAucuneAucune

Comment choisir selon votre profil de nuit

Le bon choix dépend du moment où la nuit déraille, pas de la notoriété de la valériane. Voici les quatre situations les plus fréquentes rencontrées en officine et la plante qui s’y prête le mieux.

  • Vous vous endormez mais vous vous réveillez à 3 heures, la nuit est hachée : la valériane est la candidate la plus logique, car les essais portent surtout sur la qualité globale du sommeil. Comptez deux à quatre semaines avant de juger.
  • Vous ruminez au coucher, le corps est fatigué mais le mental tourne : la passiflore cible cette tension nerveuse et s’utilise de façon ponctuelle, par exemple la veille d’un examen ou d’une prise de parole.
  • Vous êtes en décalage horaire ou en horaires décalés : aucune des deux n’agit sur l’horloge biologique. Notre article sur la mélatonine, sa dose et son moment de prise répond mieux à cette situation.
  • Vous avez un sommeil léger depuis des mois avec fatigue diurne : consultez d’abord votre médecin pour écarter une apnée du sommeil, une carence ou une dépression. Les repères de notre guide sur le sommeil léger et ses causes fréquentes vous aideront à préparer la consultation.

Associer valériane et passiflore est une pratique courante en phytothérapie traditionnelle, mais aucun essai comparatif solide ne démontre que le mélange fasse mieux que chaque plante seule. Si vous testez les deux, commencez par une seule et tenez un agenda de sommeil pendant quinze jours.

Dose, moment de prise et durée : la méthode en cinq étapes

Une plante du soir se juge sur trois semaines, pas sur une nuit. La fiche Vidal consacrée à la valériane et les monographies de l’EMA convergent sur la méthode suivante, à adapter avec votre pharmacien.

  1. Fixer un objectif mesurable : nombre de réveils, heure d’endormissement estimée, sensation au réveil notée de 1 à 5. Sans point de départ, impossible de juger la valériane ou la passiflore.
  2. Respecter le moment de prise : 30 à 60 minutes avant le coucher pour la valériane, avec une prise supplémentaire en début de soirée si nécessaire selon l’EMA. La passiflore se prend le soir, ou dans la journée lors d’un pic de nervosité.
  3. Tenir la durée : l’EMA recommande une prise continue de 2 à 4 semaines pour la valériane. Pour la passiflore, si les symptômes persistent plus de deux semaines, l’avis d’un professionnel de santé s’impose.
  4. Ne rien changer d’autre pendant l’essai : même heure de coucher, pas d’alcool le soir, écrans éteints 30 minutes avant. Notre dossier sur l’alcool et le sommeil explique pourquoi le verre du soir fausse le test.
  5. Faire le bilan à trois semaines : amélioration nette, on peut poursuivre quelques semaines ; aucun changement, on arrête et on consulte plutôt que d’augmenter la dose.

Chez Labeffiplex, la passiflore est proposée dans Phytozen, associée au nard de l’Himalaya, en gélules végétales à 100 mg de passiflore par gélule. Ces deux plantes ne disposent d’aucune allégation de santé autorisée en Europe : la fiche produit décrit la composition et l’usage traditionnel de la passiflore, sans promesse sur le sommeil.

Valériane et passiflore : précautions, effets indésirables et interactions

Les deux plantes sont bien tolérées aux doses des monographies, mais elles ne conviennent pas à tout le monde. Les effets indésirables rapportés pour la valériane sont des troubles digestifs légers (nausées, crampes abdominales) et, plus rarement, une somnolence résiduelle le matin ou des maux de tête. La passiflore peut provoquer une somnolence et, exceptionnellement, des réactions d’hypersensibilité.

  • Sédatifs, anxiolytiques, somnifères : l’association avec les benzodiazépines, les hypnotiques ou l’alcool peut majorer la somnolence. L’EMA déconseille l’usage concomitant sans avis médical.
  • Conduite et machines : la vigilance peut être diminuée dans les heures qui suivent la prise, surtout les premiers jours.
  • Grossesse et allaitement : en l’absence de données suffisantes, l’EMA ne recommande ni la valériane ni la passiflore pendant ces périodes.
  • Enfants : usage non recommandé avant 12 ans pour les deux plantes, faute d’études.
  • Traitements chroniques : signalez toute prise de plante à votre médecin ou pharmacien, en particulier avec des antidépresseurs ou des antiépileptiques.

Ce que les plantes ne font pas : insomnie, hygiène de sommeil et quand consulter

Ni la valériane ni la passiflore ne sont des traitements de l’insomnie chronique. L’Inserm rappelle que l’insomnie touche 15 à 20 % des Français et devient chronique quand les difficultés surviennent au moins trois nuits par semaine depuis plus de trois mois. À ce stade, la prise en charge de référence est la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie, prescrite par un médecin, pas une tisane.

Les plantes du soir ont leur place dans les troubles légers et passagers : période de stress, changement de rythme, nuits agitées sans cause médicale. Elles fonctionnent mieux adossées à une hygiène de sommeil stable : lever à heure fixe, lumière du jour le matin, pas de caféine après 14 heures, chambre fraîche et sombre.

Le magnésium complète utilement cette approche quand l’alimentation en apporte peu. Contrairement aux deux plantes, il dispose d’allégations autorisées par le règlement européen 432/2012 : le magnésium contribue à une fonction psychologique normale, au fonctionnement normal du système nerveux et à réduire la fatigue. MegaMagnésium apporte 102 mg de magnésium élément par dose quotidienne, soit 27 % des valeurs nutritionnelles de référence.

La valériane fait-elle dormir dès le premier soir ?

Rarement. Les méta-analyses de 2006 et 2010 montrent une amélioration de la qualité du sommeil ressentie, pas un effet hypnotique immédiat. La monographie de l’EMA recommande une prise continue de 2 à 4 semaines pour obtenir l’effet optimal. Si vous cherchez un effet le soir même, la passiflore, plus ponctuelle, correspond mieux à ce besoin.

Peut-on associer valériane et passiflore ?

Oui, l’association est classique en phytothérapie et figure dans de nombreuses formules du soir. Aucun essai clinique solide ne démontre cependant que le mélange soit supérieur à chaque plante seule. Pour savoir ce qui vous aide vraiment, testez une plante à la fois pendant trois semaines, avec un agenda de sommeil, avant d’envisager une combinaison.

La valériane crée-t-elle une dépendance ?

Les essais cliniques et la monographie de l’EMA ne rapportent pas de dépendance ni de syndrome de sevrage aux doses recommandées. Il reste préférable de l’utiliser en cure de quelques semaines, puis de faire une pause et un bilan. Une difficulté à dormir qui persiste au-delà d’un mois justifie une consultation médicale plutôt qu’une prolongation indéfinie.

Valériane ou passiflore quand on prend un somnifère ?

Ni l’une ni l’autre sans l’accord de votre médecin. Les deux plantes peuvent majorer la somnolence induite par les benzodiazépines, les hypnotiques et l’alcool. Il ne faut jamais arrêter un somnifère de sa propre initiative pour le remplacer par une plante : le sevrage se fait de façon progressive, encadré par le prescripteur.

La passiflore de Phytozen a-t-elle une allégation de santé officielle ?

Non. Ni la passiflore ni le nard de l’Himalaya ne bénéficient d’une allégation de santé autorisée par l’EFSA au titre du règlement 1924/2006. La monographie EMA sur l’usage traditionnel de la passiflore concerne les médicaments à base de plantes, pas les compléments alimentaires. Phytozen est donc présenté pour sa composition et son usage traditionnel, sans promesse d’effet.

Quelle plante choisir si je me réveille à 3 heures du matin ?

La valériane est la plus logique, car les études mesurent surtout la qualité globale de la nuit et la sensation de repos au réveil. Comptez deux à quatre semaines de prise régulière. Si les réveils nocturnes s’accompagnent de ronflements, de sueurs ou d’une fatigue diurne marquée, parlez-en à votre médecin : une apnée du sommeil ou un autre trouble peut être en cause.

⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.

Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.

Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.

Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

Jean-Marie Butterlin

Rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex. Fondateur d'UltraSanté, coauteur de La Bible de la Longévité avec le Dr Moulay Ali Belghiti.

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