Le sureau noir revient chaque hiver dans les rayons sous forme de sirops, de gommes et de gélules. Ses baies violettes concentrent des anthocyanes, des pigments étudiés pour leurs effets sur les virus respiratoires et sur les cellules de l’immunité. Voici ce que montrent réellement les essais, ce qui reste incertain et les précautions à connaître avant d’en prendre.

En bref – Le sureau noir (Sambucus nigra) est un arbuste européen dont les baies cuites et les fleurs sont utilisées de longue date lors des refroidissements hivernaux. Les baies contiennent des anthocyanes qui, en laboratoire, freinent l’entrée de certains virus grippaux dans les cellules. Chez l’humain, une revue systématique de 2021 conclut que l’extrait de baies pourrait raccourcir la durée et l’intensité d’un rhume ou d’une grippe, avec des preuves encore incertaines, et qu’il ne semble pas réduire le risque de tomber malade. Aucune allégation de santé n’est autorisée en Europe pour le sureau. Les baies crues sont toxiques et doivent toujours être cuites.
Qu’est-ce que le sureau noir ?
Le sureau noir est un arbuste de la famille des Adoxacées, très répandu dans les haies et les lisières d’Europe. Il fleurit en ombelles blanches au printemps puis porte, à la fin de l’été, des grappes de petites baies noir violacé.
Deux parties ont un usage santé distinct. Les fleurs servent en infusion : selon l’Agence européenne des médicaments (EMA), leur usage traditionnel permet de soulager les premiers symptômes du rhume, sur la base d’au moins 30 ans d’emploi sans problème de sécurité. Les baies, elles, entrent dans les sirops et les extraits standardisés testés dans les essais cliniques. Cet article porte surtout sur les baies.
Comment les baies de sureau agissent sur les virus de l’hiver
Les baies tirent leur couleur des anthocyanes, qui forment environ 80 % de leurs polyphénols selon la revue d’Osman et al. (2023). En culture cellulaire, Zakay-Rones et al. (1995) ont montré qu’un extrait standardisé inhibait la réplication de plusieurs souches de grippe A et B, notamment en gênant l’hémagglutinine, la protéine qui permet au virus de s’accrocher aux cellules.
Le second mécanisme concerne l’immunité elle-même. Sur des monocytes de 12 donneurs sains, Barak et al. (2001) ont observé une forte hausse de la production de cytokines inflammatoires (IL-1 bêta, IL-6, IL-8, TNF-alpha) au contact de l’extrait. Ces travaux sont faits en éprouvette : ils décrivent une piste biologique, pas un effet démontré dans le corps humain.
Ce que montrent les essais chez l’humain
Les essais cliniques sur le sureau sont peu nombreux et de petite taille. Les plus anciens sont encourageants. En Norvège, Zakay-Rones et al. (2004) ont donné à 60 adultes grippés 15 ml de sirop de baies 4 fois par jour pendant 5 jours : les symptômes ont cédé en moyenne 4 jours plus tôt que sous placebo.
Chez 312 passagers de vols long-courriers, Tiralongo et al. (2016) n’ont pas trouvé moins de rhumes sous extrait (12 contre 17, différence non significative). La durée cumulée des rhumes a en revanche été divisée par deux (57 jours contre 117). La méta-analyse de Hawkins et al. (2019) regroupe 180 participants et conclut à une baisse nette des symptômes respiratoires, sur un effectif réduit.
L’essai le plus rigoureux tempère ces résultats. Aux États-Unis, Macknin et al. (2020) ont suivi 87 patients grippés confirmés par test PCR : le délai d’amélioration a été de 5,3 jours sous sureau contre 4,9 jours sous placebo, sans différence. La revue systématique de Wieland et al. (2021) fait la synthèse : le sureau pourrait réduire la durée et la sévérité des rhumes et de la grippe, mais le niveau de preuve reste faible.
Tableau : ce qui est établi et ce qui ne l’est pas
| Domaine | Ce que disent les données | Limite |
|---|---|---|
| Action sur les virus grippaux | Inhibition observée en culture cellulaire | Aucune preuve directe chez l’humain |
| Durée et intensité du rhume | Réduction rapportée (312 voyageurs, méta-analyse de 180 sujets) | Petits essais, certitude faible |
| Durée de la grippe | 4 jours de moins (60 adultes, 2004) | Non confirmé par l’essai de 2020 (87 patients) |
| Risque de tomber malade | Pas de baisse démontrée | Pas d’usage préventif établi |
| Fleurs et premiers symptômes du rhume | Usage traditionnel reconnu par l’EMA | Pas d’essai contrôlé dédié |
| Allégation santé en complément alimentaire | Aucune autorisée en Europe | Évaluation des plantes en attente |
Le registre européen des allégations de santé classe les allégations sur les plantes comme le sureau parmi les dossiers en attente d’évaluation. Un fabricant ne peut donc pas écrire que ses baies renforcent l’immunité.
Rhume, grippe : quand la plante ne suffit pas
La grippe n’est pas un gros rhume. Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle provoque chaque année environ 1 milliard de cas dans le monde, dont 3 à 5 millions de formes sévères. Les personnes âgées, les femmes enceintes, les jeunes enfants et les malades chroniques sont les plus exposés aux complications, comme le rappelle l’Inserm.
Pour ces publics, la vaccination annuelle reste la mesure de référence, et aucune plante ne la remplace. Une fièvre au-delà de 3 jours, un essoufflement, une douleur thoracique ou une aggravation après une amélioration demandent un avis médical rapide. Les personnes qui enchaînent les infections trouveront des pistes dans notre article sur le rhume à répétition.
Précautions : baies crues, interactions et publics à risque
Les baies crues, les feuilles, l’écorce et les tiges contiennent des glycosides cyanogènes, qui libèrent du cyanure. En 1984, les Centers for Disease Control ont rapporté l’intoxication de 8 personnes en Californie après un jus préparé avec des baies, des feuilles et des tiges écrasées : nausées, vomissements, faiblesse. La cuisson détruit ces composés, d’où quelques règles simples :
- ne jamais consommer les baies crues ni vertes, et toujours retirer les tiges ;
- ne pas confondre le sureau noir avec le sureau yèble (Sambucus ebulus), toxique, aux baies dressées vers le ciel ;
- demander l’avis du médecin en cas de maladie auto-immune ou de traitement immunosuppresseur, puisque l’extrait stimule les cytokines ;
- éviter l’usage pendant la grossesse, l’allaitement et chez le jeune enfant, faute de données suffisantes ;
- signaler la prise au médecin en cas de diabète traité ou de traitement diurétique, par prudence.
Méthode : utiliser le sureau avec discernement cet hiver
Pour un adulte en bonne santé qui souhaite essayer cette plante, voici une démarche prudente :
- Choisir un produit identifié : extrait standardisé de baies cuites de Sambucus nigra, avec la quantité d’extrait par dose sur l’étiquette.
- Démarrer tôt : les essais ont débuté dans les 48 heures suivant les premiers symptômes.
- Respecter la dose et la durée : les études ont duré de 5 jours (grippe) à 2 semaines (voyageurs).
- Surveiller les signaux d’alerte : fièvre persistante, gêne respiratoire, état qui se dégrade.
- Entretenir le terrain : sommeil, alimentation variée, vitamine D en hiver et activité physique, comme dans notre programme hivernal pour les défenses immunitaires.
D’autres plantes sont souvent associées au sureau dans les formules d’hiver. Notre article sur l’échinacée et les défenses immunitaires fait le point sur leurs données.
Vitamine C et zinc : deux nutriments aux allégations reconnues
Labeffiplex ne propose pas de sureau. Pour accompagner l’immunité en hiver, deux nutriments disposent en revanche d’allégations autorisées par l’Union européenne. La vitamine C contribue au fonctionnement normal du système immunitaire et à la réduction de la fatigue, y compris pendant et après un effort physique intense. Vitamine C Liposomale+ en apporte une dose concentrée sous forme liquide, à raison d’1 ml par jour.
Le zinc contribue lui aussi au fonctionnement normal du système immunitaire et à la protection des cellules contre le stress oxydatif. Zinc Lozenges apporte 10 mg de zinc sous forme de glycinate dans une pastille à sucer. Notre dossier sur le zinc et l’immunité détaille ses apports. Ces nutriments ne remplacent ni la vaccination ni un traitement prescrit.
Questions fréquentes sur le sureau
Le sureau est-il efficace contre la grippe ?
Les résultats sont contradictoires. Un essai norvégien de 2004 sur 60 adultes rapporte des symptômes disparus 4 jours plus tôt, mais un essai américain de 2020 sur 87 patients n’a trouvé aucune différence avec le placebo. Une revue de 2021 juge les preuves incertaines. Le sureau ne remplace ni la vaccination ni un avis médical.
Peut-on manger les baies de sureau crues ?
Non. Les baies crues ou vertes, les feuilles, les tiges et l’écorce contiennent des glycosides cyanogènes qui libèrent du cyanure et provoquent nausées et vomissements. Les baies doivent être cuites, en sirop, en confiture ou en gelée, et débarrassées de leurs tiges. Le sureau yèble, toxique, ne doit pas être confondu avec le sureau noir.
Faut-il prendre du sureau tout l’hiver pour ne pas tomber malade ?
Les données ne vont pas dans ce sens. Chez 312 voyageurs, l’extrait n’a pas réduit significativement le nombre de rhumes, et la revue de 2021 conclut qu’il ne semble pas diminuer le risque d’infection. Les essais l’ont surtout utilisé dans les 48 heures suivant les premiers symptômes, sur 5 à 14 jours.
Le sureau est-il risqué en cas de maladie auto-immune ?
En laboratoire, l’extrait de baies augmente la production de cytokines inflammatoires par les cellules immunitaires. Aucune étude n’a relié cet effet à des complications chez l’humain, mais par prudence, les personnes atteintes d’une maladie auto-immune ou traitées par immunosuppresseurs doivent demander l’avis de leur médecin avant toute prise.
Quelle différence entre fleurs et baies de sureau ?
Les fleurs, prises en infusion, disposent d’un usage traditionnel reconnu par l’Agence européenne des médicaments pour soulager les premiers symptômes du rhume. Les baies, riches en anthocyanes, sont la partie testée dans les essais cliniques sur le rhume et la grippe, sous forme de sirops et d’extraits standardisés.
⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.
Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.
Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.
Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

