La glutamine est l’acide aminé le plus abondant du sang et des muscles, et le carburant préféré des cellules qui tapissent l’intestin. Sans elle, la paroi intestinale renouvelle moins bien ses cellules et ferme moins bien ses jonctions. Voici ce que montrent les travaux de recherche sur son action, quels aliments en apportent, quelles doses ont été étudiées, et ce qu’un complément peut ou non revendiquer selon la réglementation européenne.

En bref – La glutamine est un acide aminé dit « conditionnellement essentiel » : le corps en fabrique 40 à 80 g par jour, mais la production peut devenir insuffisante en cas de stress physiologique intense, d’infection sévère ou de chirurgie. Les entérocytes, cellules de la paroi intestinale, l’utilisent comme source d’énergie principale, devant le glucose. D’après la revue de Kim et Kim publiée en 2017, elle participe au maintien des jonctions serrées entre les cellules, au renouvellement de l’épithélium et à la fabrication du glutathion, un antioxydant intracellulaire. Un essai randomisé publié dans Gut en 2019 a observé une normalisation de la perméabilité intestinale chez des patients recevant 15 g par jour pendant 8 semaines. L’alimentation en fournit 3 à 6 g par jour, surtout via les viandes, les œufs, les produits laitiers, les légumineuses et le blé. L’EFSA n’a validé aucune allégation santé pour ce nutriment : un complément ne peut donc revendiquer aucun effet sur l’intestin.
Qu’est-ce que la glutamine et pourquoi l’intestin en dépend autant ?
La glutamine (ou L-glutamine) pèse environ 20 % des acides aminés libres du plasma et plus de la moitié de ceux stockés dans le muscle. Le corps la synthétise lui-même à partir du glutamate, principalement dans les muscles et les poumons, ce qui la classe parmi les acides aminés non essentiels. Lacey et Wilmore ont proposé dès 1990 de la qualifier de « conditionnellement essentielle » : lors d’un stress métabolique important (brûlure étendue, infection sévère, chirurgie lourde), la demande dépasse la production et le taux sanguin chute.
L’intestin est le premier organe consommateur. Les entérocytes, cellules absorbantes de l’intestin grêle, en captent une grande partie directement depuis la lumière intestinale et depuis le sang. Ils la préfèrent au glucose pour produire leur énergie, car elle fournit en même temps l’azote nécessaire à la fabrication des nucléotides, indispensables à une multiplication cellulaire très rapide. L’épithélium intestinal se renouvelle en effet entièrement tous les 3 à 5 jours.
Comment la glutamine agit sur la paroi intestinale : 4 mécanismes
La revue de Kim et Kim parue dans l’International Journal of Molecular Sciences en 2017 décrit quatre mécanismes complémentaires. Ils ont surtout été établis sur des cultures cellulaires et des modèles animaux, avec quelques confirmations cliniques chez l’humain.
- Énergie des entérocytes. Cet acide aminé alimente le cycle de Krebs des cellules intestinales et soutient leur prolifération. Privées de cet apport, les cellules ralentissent leur renouvellement et les villosités s’atrophient, un phénomène observé chez les patients nourris longtemps par voie intraveineuse.
- Jonctions serrées. Les cellules de la paroi sont reliées par des protéines (claudine-1, occludine, ZO-1) qui forment un joint étanche. Rao et Samak ont montré en 2012 que retirer la glutamine de cellules intestinales en culture augmente leur perméabilité, et que la rajouter accélère le réassemblage de ces jonctions.
- Modulation de l’inflammation. Elle augmente la production de protéines de choc thermique (HSP70), qui protègent les cellules du stress, et freine la voie NF-κB, impliquée dans la production de molécules inflammatoires.
- Précurseur du glutathion. Avec la cystéine et la glycine, elle entre dans la synthèse du glutathion, principal antioxydant des cellules, qui limite les dommages oxydatifs sur la muqueuse.
Perméabilité intestinale : ce que disent les études chez l’humain
Deux essais randomisés contre placebo apportent des données cliniques, sur des effectifs modestes. Dans l’essai de Zhou publié dans Gut en 2019, 106 patients souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable apparu après une gastro-entérite, avec une perméabilité intestinale augmentée, ont reçu 15 g de cet acide aminé par jour (5 g trois fois par jour) ou un placebo pendant 8 semaines. Le score de sévérité des symptômes a baissé d’au moins 50 points chez 79,6 % des patients du groupe glutamine contre 5,8 % sous placebo, et le rapport lactulose/mannitol, qui mesure la perméabilité, s’est normalisé. Les auteurs eux-mêmes demandent une confirmation sur un plus grand nombre de centres.
Benjamin et ses collègues ont publié en 2012, dans Digestive Diseases and Sciences, un essai chez 30 patients atteints de maladie de Crohn en rémission : 0,5 g par kg et par jour pendant deux mois, comparés à une protéine de lactosérum. La perméabilité et la morphologie de la muqueuse se sont améliorées dans les deux groupes, sans différence nette entre eux, ce qui suggère qu’un apport protéique de qualité joue aussi. Achamrah, Déchelotte et Coëffier, de l’équipe de Rouen, résument en 2017 cet état des connaissances « du laboratoire au lit du patient » : les mécanismes sont solides, les preuves cliniques restent préliminaires.
Un point de prudence : la notion populaire d’« intestin qui fuit » ne correspond pas à une maladie reconnue. Camilleri rappelle dans Gut en 2019 que la perméabilité intestinale se mesure par des tests précis, qu’elle augmente dans des maladies bien identifiées (maladie cœliaque, maladies inflammatoires de l’intestin) et qu’aucune donnée ne prouve qu’un intestin « réparé » protège d’une maladie. Nous détaillons ces nuances dans notre article sur l’intestin poreux, ses causes et quand consulter.
Où trouver de la glutamine dans l’alimentation ?
Une alimentation équilibrée en apporte 3 à 6 g par jour, en grande partie sous forme liée dans les protéines. Les aliments riches en protéines animales sont les premières sources, suivis par les légumineuses et les céréales : le gluten du blé en contient par exemple plus de 30 %. Quelques végétaux crus (chou, persil, épinards) en apportent sous forme libre, mais en petites quantités, et la cuisson en détruit une partie.
| Aliment | Teneur indicative pour 100 g | Remarque |
|---|---|---|
| Bœuf, poulet, poisson | 4 à 5 g | Forme liée aux protéines, bien absorbée |
| Œufs | 1,5 à 2 g | Profil complet en acides aminés |
| Fromages à pâte dure, yaourt | 3 à 6 g (fromage), 0,5 g (yaourt) | Caséine riche en cet acide aminé |
| Lentilles, haricots, soja | 1,5 à 3 g (cuits) | Source végétale principale |
| Pain, pâtes (blé) | 2 à 3 g | Le gluten en est une protéine très riche |
| Chou, persil, épinards crus | 0,1 à 0,3 g | Forme libre, sensible à la cuisson |
Ces teneurs sont des ordres de grandeur issus des analyses d’acides aminés des protéines alimentaires. Elles varient selon le morceau, la race ou la variété. Une personne qui mange 100 g de viande ou de poisson, deux produits laitiers et une portion de légumineuses ou de céréales dans la journée couvre sans difficulté l’apport habituel.
Complément de glutamine : doses étudiées, limites et réglementation
Les essais cliniques ont utilisé des doses de 10 à 30 g par jour, le plus souvent en poudre diluée dans l’eau, répartie en deux ou trois prises. Holecek a passé en revue en 2013 les effets d’une supplémentation prolongée : à court terme, les études n’ont pas relevé d’effet indésirable notable jusqu’à 0,5 g par kg et par jour, mais les données sur plusieurs mois manquent. L’auteur signale des questions ouvertes, comme la hausse de l’ammoniaque et du glutamate sanguins ou la modification du transport des autres acides aminés. La prudence s’impose chez les personnes ayant une maladie du foie ou des reins, une épilepsie ou un trouble bipolaire traité, et chez les femmes enceintes.
Côté réglementation, l’EFSA a examiné en 2011 les allégations proposées pour la L-glutamine (santé intestinale, immunité, muscle) et a conclu qu’aucune relation de cause à effet n’était établie avec les données fournies. Résultat : en Europe, aucun complément ne peut afficher qu’il « contribue à la santé de la paroi intestinale », quelle que soit sa dose. Un vendeur qui promet de « réparer » l’intestin sort du cadre légal. Les travaux cités plus haut restent des pistes de recherche, pas une preuve suffisante pour un produit grand public.
Soutenir sa paroi intestinale au quotidien : la méthode en 5 points
La barrière intestinale ne dépend pas d’un seul nutriment. Elle repose sur les cellules de la paroi, sur le mucus qui les recouvre et sur le microbiote qui y vit. L’Inserm rappelle que les bactéries intestinales fabriquent, à partir des fibres, des acides gras à chaîne courte comme le butyrate, autre carburant majeur des cellules du côlon. Voici les leviers qui font consensus.
- Couvrir ses besoins en protéines : 0,8 à 1 g par kg et par jour chez l’adulte, réparti sur les repas, pour fournir cet acide aminé sous forme liée et les autres acides aminés de l’épithélium.
- Manger 25 à 30 g de fibres par jour (légumineuses, céréales complètes, légumes, fruits), car elles nourrissent les bactéries productrices de butyrate. Notre article sur le psyllium et le transit détaille une fibre bien tolérée.
- Entretenir son microbiote avec des aliments fermentés, et, après une antibiothérapie, en demandant conseil à son médecin ou son pharmacien. Voir notre guide sur les probiotiques après antibiotiques.
- Limiter les agresseurs connus de la muqueuse : alcool, anti-inflammatoires non stéroïdiens pris sans avis, aliments ultra-transformés riches en émulsifiants.
- Gérer le stress et le sommeil, car le stress chronique augmente la perméabilité intestinale par la voie du cortisol et du système nerveux entérique.
Dans cette logique, le laboratoire propose Probioplex, qui associe 8 souches de bactéries lactiques, des fibres prébiotiques (fructo-oligosaccharides, inuline), de l’aloe vera, du manganèse et de la vitamine C. La vitamine C contribue à la formation normale du collagène pour assurer la fonction normale des vaisseaux sanguins, de la peau et des cartilages, et le manganèse contribue à protéger les cellules contre le stress oxydatif (allégations autorisées par l’EFSA). Ce produit n’en contient pas et ne revendique aucun effet sur la paroi intestinale : il s’inscrit dans une alimentation variée et riche en fibres.
Glutamine et intestin : quand consulter un médecin
Des troubles digestifs persistants depuis plus de quelques semaines (diarrhée, douleurs, sang dans les selles, amaigrissement, fatigue inexpliquée) justifient une consultation avant toute supplémentation. Ils peuvent révéler une maladie cœliaque, une maladie inflammatoire de l’intestin ou une infection, qui relèvent d’un diagnostic et d’un traitement médical. Dans ces situations, la glutamine a été étudiée comme complément d’une prise en charge, jamais à sa place. Le médecin peut aussi prescrire un test de perméabilité ou un bilan nutritionnel, et juger de l’intérêt d’un apport en glutamine en fonction de l’état de santé et des traitements en cours.
À retenir : la glutamine nourrit les cellules de la paroi intestinale et participe à l’étanchéité de leurs jonctions, des faits bien documentés en laboratoire. Chez l’humain, les essais sont encourageants mais petits. Une alimentation riche en protéines et en fibres, un microbiote entretenu et un avis médical en cas de symptômes restent la base.
Questions fréquentes sur la glutamine
À quoi sert la glutamine dans l’intestin ?
Elle est le principal carburant des entérocytes, les cellules qui tapissent l’intestin grêle, et leur fournit l’azote nécessaire à leur renouvellement tous les 3 à 5 jours. Elle participe aussi au maintien des jonctions serrées entre ces cellules, à la production de protéines protectrices (HSP70) et à la synthèse du glutathion, un antioxydant cellulaire. Ces mécanismes sont décrits dans la revue de Kim et Kim publiée en 2017.
La glutamine répare-t-elle un intestin poreux ?
Aucune étude ne permet de l’affirmer, et l’EFSA n’a validé aucune allégation santé sur la glutamine. Deux petits essais randomisés (Zhou 2019, Benjamin 2012) ont mesuré une amélioration de la perméabilité intestinale chez des patients suivis médicalement, à des doses de 15 à 30 g par jour. Ces résultats demandent confirmation. Une perméabilité augmentée doit d’abord être explorée par un médecin, car elle peut révéler une maladie cœliaque ou inflammatoire.
Quelle dose de glutamine a été utilisée dans les études ?
Les essais cliniques ont utilisé 10 à 30 g par jour, souvent 5 g trois fois par jour, en poudre diluée dans de l’eau, sur 8 semaines à 2 mois. La revue de Holecek en 2013 n’a pas relevé d’effet indésirable notable à court terme jusqu’à 0,5 g par kg et par jour, mais les données sur plusieurs mois manquent. Toute prise prolongée se discute avec un médecin ou un pharmacien.
Quels aliments sont riches en glutamine ?
Les viandes, les poissons et les fromages à pâte dure apportent 3 à 6 g pour 100 g, sous forme liée aux protéines. Les œufs, les légumineuses, le soja et les produits à base de blé (dont le gluten est très riche en glutamine) complètent l’apport. Le chou, le persil et les épinards crus en contiennent sous forme libre, mais en petites quantités. Une alimentation équilibrée fournit 3 à 6 g par jour.
La glutamine a-t-elle des effets secondaires ou des contre-indications ?
Aux doses des études et à court terme, les effets rapportés se limitent à des troubles digestifs légers. Holecek signale en 2013 des questions ouvertes sur l’ammoniaque et le glutamate sanguins lors d’une prise prolongée. La prudence s’impose en cas de maladie du foie ou des reins, d’épilepsie, de trouble bipolaire traité, de grossesse ou d’allaitement : demandez l’avis de votre médecin avant toute supplémentation.
Probiotiques ou glutamine : que choisir pour sa paroi intestinale ?
Les deux agissent sur des leviers différents. La glutamine nourrit directement les cellules de la paroi, tandis que les bactéries lactiques et les fibres prébiotiques entretiennent le microbiote, qui produit du butyrate, carburant des cellules du côlon. Ni l’un ni l’autre ne dispose d’une allégation santé autorisée en Europe sur l’intestin. La base reste une alimentation riche en protéines et en fibres, et un avis médical en cas de symptômes persistants.
Sources
- Kim MH, Kim H. The Roles of Glutamine in the Intestine and Its Implication in Intestinal Diseases. Int J Mol Sci, 2017. PubMed
- Rao R, Samak G. Role of Glutamine in Protection of Intestinal Epithelial Tight Junctions. J Epithel Biol Pharmacol, 2012. PubMed
- Zhou Q et al. Randomised placebo-controlled trial of dietary glutamine supplements for postinfectious irritable bowel syndrome. Gut, 2019. PubMed
- Benjamin J et al. Glutamine and whey protein improve intestinal permeability and morphology in patients with Crohn’s disease. Dig Dis Sci, 2012. PubMed
- Achamrah N, Déchelotte P, Coëffier M. Glutamine and the regulation of intestinal permeability: from bench to bedside. Curr Opin Clin Nutr Metab Care, 2017. PubMed
- Camilleri M. Leaky gut: mechanisms, measurement and clinical implications in humans. Gut, 2019. PubMed
- Holecek M. Side effects of long-term glutamine supplementation. JPEN, 2013. PubMed
- Lacey JM, Wilmore DW. Is glutamine a conditionally essential amino acid? Nutr Rev, 1990. PubMed
- EFSA. Scientific Opinion on the substantiation of health claims related to L-glutamine. EFSA Journal, 2011. EFSA
- Inserm. Microbiote intestinal (flore intestinale), dossier d’information. Inserm
⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.
Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.
Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.
Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

