Acide urique élevé : quels aliments et boissons le font monter ?

Illustration : Acide urique élevé : quels aliments et boissons le font monter ?

L’acide urique monte surtout avec la bière, les sodas sucrés, les abats, les fruits de mer et la viande rouge. Le lait, le café et les cerises vont plutôt dans l’autre sens. Les grandes cohortes de Harvard ont chiffré ces effets, et elles remettent aussi l’assiette à sa juste place : l’hérédité pèse souvent plus lourd que le menu.

acide urique et alimentation, bol de cerises, légumes frais et verre d'eau sur une table en bois

En bref – L’acide urique est le déchet final de la dégradation des purines, des molécules présentes dans nos cellules et dans certains aliments. On parle d’hyperuricémie au-delà de 70 mg/l (environ 420 µmol/l) chez l’homme et de 60 mg/l (360 µmol/l) chez la femme, selon les laboratoires. Les aliments les plus associés à une hausse sont la bière et les alcools forts, les sodas sucrés au fructose, les abats, les fruits de mer et la viande rouge. Le lait demi-écrémé, le café et les cerises sont associés à un taux plus bas. L’alimentation n’explique pourtant qu’une petite part des écarts entre individus : les gènes et la fonction rénale comptent davantage. Un taux élevé se discute avec un médecin, surtout en cas de crise de goutte ou de calcul rénal.

Acide urique : d’où vient-il et quand parle-t-on de taux élevé ?

Le corps fabrique environ deux tiers de son acide urique à partir de ses propres cellules renouvelées. Le tiers restant vient des purines alimentaires. Les reins éliminent la majeure partie de ce déchet, l’intestin se charge du reste.

Quand la production dépasse l’élimination, le taux sanguin (l’uricémie) grimpe. Au-delà d’environ 68 mg/l, l’urate peut cristalliser dans les articulations et provoquer une crise de goutte, ou former des calculs dans les reins. Beaucoup de personnes avec une hyperuricémie ne feront pourtant jamais de crise.

Les recommandations européennes de l’EULAR (Richette et coll., 2017) fixent une cible inférieure à 60 mg/l chez les personnes traitées pour une goutte. Elles placent aussi les conseils d’hygiène de vie (poids, alcool, boissons sucrées) au rang de première mesure, à côté du traitement prescrit.

Les aliments qui font monter l’acide urique

Viande rouge, abats et fruits de mer arrivent en tête. Dans la cohorte de Choi et coll. (2004), qui a suivi 47 150 hommes pendant 12 ans, le risque de goutte était 41 % plus élevé chez les plus gros mangeurs de viande et 51 % plus élevé pour les fruits de mer, comparés aux plus petits consommateurs.

Les abats (foie, rognons), les anchois, les sardines, les moules et les extraits de viande concentrent le plus de purines, donc le plus de précurseurs de l’acide urique.

Bonne nouvelle pour les légumes : dans la même étude, les végétaux riches en purines (épinards, asperges, champignons, lentilles) n’étaient pas associés à un risque accru.

Les boissons qui font grimper l’uricémie

La bière est la boisson la plus associée à l’acide urique élevé, car elle cumule alcool et purines (la guanosine de la levure). Selon Choi et coll. (2004), chaque bière quotidienne augmentait le risque de goutte de 49 %, contre 15 % pour un verre d’alcool fort, et aucun effet net n’apparaissait pour 1 à 2 verres de vin par jour.

Chez les personnes déjà goutteuses, le vin ne protège pas. L’étude de Neogi et coll. (2014) sur 724 patients montre que tout alcool, vin compris, augmente le risque de crise dans les 24 heures, dès 1 à 2 verres. l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle par ailleurs qu’aucun niveau d’alcool n’est sans effet sur la santé.

Les sodas sucrés suivent de près. Le fructose est le seul sucre qui fait directement monter l’acide urique, car son passage dans le foie consomme de l’énergie (ATP) et libère des purines. Chez les hommes, deux sodas par jour étaient liés à un risque de goutte 85 % plus élevé (Choi et Curhan, 2008). Chez 78 906 femmes, un soda par jour élevait ce risque de 74 % (Choi et coll., 2010).

Les sodas light n’étaient pas associés à la goutte, contrairement aux jus de fruits riches en fructose. l’Anses cite d’ailleurs la hausse de l’uricémie parmi les effets d’un excès de sucres, et recommande de ne pas dépasser 100 g de sucres par jour et un verre de boisson sucrée.

Tableau : aliments et boissons face à l’acide urique

Ce tableau résume l’effet des principaux aliments sur l’acide urique selon les grandes études : des tendances statistiques, pas des effets garantis pour chacun.

Aliment ou boissonEffet observé sur l’acide urique ou la goutteRepère pratique
BièreRisque de goutte +49 % par bière quotidienne (Choi 2004)À limiter fortement, surtout en cas de goutte
Alcools fortsRisque +15 % par verre quotidienOccasionnel et modéré
Sodas et jus sucrésRisque +85 % au-delà de 2 sodas par jour (Choi 2008)Remplacer par de l’eau, plate ou gazeuse
Abats, anchois, sardines, fruits de merTrès riches en purines, risque +51 % pour les fruits de merOccasionnels, en petite portion
Viande rouge et charcuterieRisque +41 % chez les plus gros consommateurs100 à 150 g, quelques fois par semaine
Légumes riches en purinesPas d’association avec la goutteÀ garder dans l’assiette
Lait et yaourts demi-écrémés44 % de goutte en moins chez les plus gros consommateurs1 à 2 portions par jour
CaféUricémie plus basse dès 4 tasses par jourPas une raison d’en boire plus
CerisesCrises de goutte 35 % moins fréquentes (Zhang 2012)Une portion de fruits frais

Ce qui pourrait aider à faire baisser l’acide urique

Les produits laitiers allégés sont les mieux étudiés. Dans la cohorte de Choi (2004), les hommes qui en consommaient le plus avaient 44 % de goutte en moins. Leurs protéines favoriseraient l’élimination rénale de l’acide urique.

Le café montre une association du même ordre. Selon Choi et Curhan (2007), l’uricémie était plus basse de 2,6 mg/l avec 4 à 5 tasses par jour et de 4,3 mg/l au-delà de 6 tasses. Le thé n’avait aucun effet. Ces données d’observation ne justifient pas de boire plus de café, surtout en cas de sommeil fragile.

Pour les cerises, l’étude de Zhang et coll. (2012) sur 633 personnes goutteuses associe la consommation de cerises sur deux jours à 35 % de crises en moins. Des essais contrôlés restent nécessaires.

Côté poids, la perte de kilos superflus fait partie des premières mesures de l’EULAR. Nos aliments anti-inflammatoires et le régime méditerranéen offrent une base cohérente avec ces repères.

Pourquoi votre assiette n’explique pas tout

L’alimentation compte, mais moins qu’on le croit. Dans l’analyse de Major (2018), les différents profils alimentaires expliquaient chacun au plus 0,3 % des écarts d’uricémie entre individus, contre 23,9 % pour les variations génétiques.

D’autres facteurs font monter l’acide urique : l’insuffisance rénale, le surpoids, l’hypertension et certains médicaments. Les diurétiques thiazidiques et l’aspirine à faible dose réduisent l’élimination de l’urate. Ne les arrêtez jamais sans avis médical : parlez-en plutôt à votre médecin.

Chez une personne goutteuse dont l’acide urique reste élevé, le médecin peut prescrire un traitement hypo-uricémiant, que l’alimentation accompagne sans le remplacer. Notre article sur les douleurs articulaires aide à savoir quand consulter.

Méthode : 6 gestes pour limiter les hausses d’acide urique

  1. Boire de l’eau : 1,5 à 2 litres par jour, davantage par forte chaleur, pour soutenir l’élimination rénale.
  2. Réduire la bière et les alcools forts, et éviter tout alcool la veille d’un effort ou d’un repas copieux en cas de goutte.
  3. Remplacer sodas et jus par de l’eau, du café ou des infusions non sucrées. Les fruits entiers restent préférables aux jus. Pour les fringales, voir notre article sur l’envie de sucre après le repas.
  4. Garder les abats et fruits de mer pour des occasions, et limiter la viande rouge.
  5. Ajouter des laitages allégés et des légumes à chaque repas, sans craindre les épinards ni les lentilles.
  6. Faire doser l’acide urique sur prescription en cas de douleur articulaire brutale, de calcul rénal ou d’antécédent familial de goutte.

Vitamine C et acide urique : ce que disent les essais

La vitamine C a été testée dans plusieurs essais sur l’uricémie, avec un effet modeste. Dans l’essai de Huang et coll. (2005), 500 mg par jour pendant deux mois ont réduit le taux de 5 mg/l chez 184 non-fumeurs. La méta-analyse de Juraschek et coll. (2011) sur 13 essais conclut à une baisse moyenne de 3,5 mg/l.

Ces résultats restent à confirmer chez les personnes goutteuses. Aucune allégation européenne n’autorise à présenter la vitamine C comme un moyen de faire baisser l’uricémie. Elle contribue en revanche à la formation normale de collagène pour assurer la fonction normale des cartilages, et à réduire la fatigue. Les fruits et légumes frais en restent la première source, comme le rappellent les repères de l’OMS pour une alimentation saine.

Questions fréquentes sur l’acide urique

Quels aliments font le plus monter l’acide urique ?

Les abats (foie, rognons), les fruits de mer, les petits poissons gras comme l’anchois ou la sardine, la viande rouge et la charcuterie arrivent en tête. Côté boissons, la bière, les alcools forts et les sodas sucrés au fructose sont les plus associés à une hausse. Les légumes riches en purines, eux, ne sont pas liés à un risque de goutte accru.

Le café est-il conseillé en cas d’acide urique élevé ?

Les études d’observation associent une consommation de 4 tasses par jour ou plus à une uricémie un peu plus basse et à moins de goutte. Il s’agit d’une association, pas d’un effet prouvé : inutile d’en boire davantage, surtout si vous dormez mal ou avez des palpitations.

Quel est le taux normal d’acide urique dans le sang ?

Les laboratoires parlent en général d’hyperuricémie au-delà de 70 mg/l (environ 420 µmol/l) chez l’homme et de 60 mg/l (360 µmol/l) chez la femme. Les valeurs de référence varient selon les laboratoires. Chez une personne traitée pour une goutte, les recommandations européennes visent un taux inférieur à 60 mg/l.

Un acide urique élevé donne-t-il toujours la goutte ?

Non. Beaucoup de personnes ont un taux élevé sans jamais faire de crise. Le risque augmente avec le niveau et la durée de l’hyperuricémie, car l’urate finit par cristalliser dans les articulations. Une douleur brutale du gros orteil, rouge et gonflée, ou un calcul rénal doivent faire consulter un médecin.

⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.

Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.

Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.

Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

Jean-Marie Butterlin

Rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex. Fondateur d'UltraSanté, coauteur de La Bible de la Longévité avec le Dr Moulay Ali Belghiti.

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