La grande camomille et la migraine sont associées depuis des siècles en phytothérapie européenne, mais les essais cliniques modernes donnent un tableau plus nuancé que la réputation de la plante. Six essais contre placebo montrent au mieux un effet modeste sur le nombre de crises, et deux essais rigoureux n’ont rien trouvé. Voici ce que disent vraiment les chiffres.

En bref – La grande camomille (Tanacetum parthenium) est une plante de la famille des astéracées, étudiée depuis 1985 pour réduire la fréquence des crises de migraine. Le lien entre grande camomille et migraine repose sur une revue Cochrane de 2015 : six essais, 561 patients, et un gain moyen de 0,6 crise par mois en moins par rapport au placebo dans l’essai le plus solide. L’Agence européenne des médicaments reconnaît un usage traditionnel de certains médicaments à base de grande camomille, sans preuve clinique jugée suffisante. En complément alimentaire, aucune allégation santé n’est autorisée pour cette plante. Elle est contre-indiquée pendant la grossesse et en cas d’allergie aux astéracées. Une migraine fréquente relève d’abord d’un avis médical.
Grande camomille et migraine : de quelle plante parle-t-on ?
La grande camomille, aussi appelée partenelle ou feverfew en anglais, est une plante vivace aux petites fleurs blanches à cœur jaune. Malgré son nom, elle n’a rien à voir avec la camomille romaine ou la matricaire des tisanes du soir.
Son principal composé étudié est le parthénolide, une lactone sesquiterpénique concentrée dans les feuilles. La teneur en parthénolide varie beaucoup d’une préparation à l’autre, ce qui complique la comparaison des essais. La revue de Kashkooe et coll. (2024) recense ses propriétés anti-inflammatoires observées en laboratoire.
Ce que montrent les essais cliniques, un par un
Les essais contre placebo de la grande camomille dans la migraine ont donné des résultats contradictoires. Les plus favorables sont aussi les plus petits :
| Essai | Participants | Préparation | Résultat principal |
|---|---|---|---|
| Johnson 1985 | 17 patients déjà consommateurs | Feuilles lyophilisées | Hausse des crises chez ceux passés sous placebo |
| Murphy 1988 | 72 volontaires, 59 analysés | Feuilles séchées, 1 gélule par jour | Crises moins nombreuses et moins sévères |
| De Weerdt 1996 | 50 patients novices | Extrait alcoolique, 0,5 mg de parthénolide | Aucune différence avec le placebo |
| Pfaffenrath 2002 | 147 patients | Extrait CO2 MIG-99, 3 doses | Pas d’effet global, effet dans un sous-groupe de 49 |
| Diener 2005 | 170 patients analysés | MIG-99, 6,25 mg 3 fois par jour | 1,9 crise en moins par mois contre 1,3 sous placebo |
L’essai de Diener et coll. (2005) reste le plus solide. Sur 16 semaines, les crises passaient de 4,76 à environ 2,9 par mois sous extrait, contre 3,5 sous placebo. La différence est statistiquement significative (p = 0,0456), soit un écart d’un peu plus d’une demi-crise par mois.
Pourquoi les résultats divergent autant
Le premier biais tient au recrutement. Johnson et Murphy ont inclus des personnes qui consommaient déjà la plante et la jugeaient utile. De Weerdt, avec des patients qui n’en avaient jamais pris, n’a trouvé aucun effet ; les auteurs avancent eux-mêmes cette explication.
Le second biais tient à la préparation. Feuilles fraîches, poudre séchée, extrait alcoolique ou extrait au CO2 ne contiennent pas les mêmes quantités de parthénolide. Dans l’essai de Pfaffenrath et coll. (2002), aucune dose ne faisait mieux que le placebo sur l’ensemble des 147 patients. Seul le sous-groupe ayant au moins 4 crises par mois en tirait un bénéfice, à confirmer.
Le troisième biais est statistique : la plupart des essais comptent moins de 100 participants, trop peu pour mesurer un effet modeste avec certitude.
Ce qu’en concluent les revues et les autorités
La revue Cochrane de Wider, Pittler et Ernst (2015) n’a pas pu regrouper les six essais, faute de critères communs. Ses auteurs jugent les résultats anciens peu convaincants et l’écart de 0,6 crise par mois du dernier essai faible. Les effets indésirables relevés étaient légers et passagers, surtout digestifs.
Plus favorable, la méta-analyse de Nelaturi et coll. (2025) retient 9 essais et 899 participants, avec environ une crise de moins par mois. Elle ne trouve aucun effet net sur l’intensité de la douleur, ni sur les nausées ou la sensibilité à la lumière. Ses auteurs soulignent eux aussi des risques de biais.
En 2012, les recommandations américaines de Holland et coll. classaient l’extrait MIG-99 comme « probablement efficace » (niveau B), au même rang que le magnésium et la riboflavine. Côté européen, l’Agence européenne des médicaments reconnaît un usage traditionnel de certains médicaments à base de grande camomille chez l’adulte, après avoir écarté une cause grave chez le médecin. Elle précise que les essais disponibles ne permettent pas de conclusion ferme.
Ces conclusions portent sur des médicaments et des extraits standardisés. Pour un complément alimentaire à base de grande camomille, aucune allégation santé n’est autorisée par le registre européen : aucun fabricant ne peut lui attribuer d’effet sur la migraine.
Comment la plante pourrait-elle agir ?
Le mécanisme reste une hypothèse. Chez l’animal, Materazzi et coll. (2013) ont montré que le parthénolide bloque le canal TRPA1 des nerfs trijumeaux, impliqués dans la douleur migraineuse. Il réduisait aussi la libération de CGRP, la molécule ciblée par plusieurs médicaments récents de la migraine.
Ces résultats de laboratoire expliquent l’intérêt des chercheurs. Ils ne prouvent pas qu’une gélule de feuilles produise le même effet chez l’humain, à la dose où elle est prise.
Précautions : qui doit éviter la grande camomille ?
La plante est bien tolérée dans les essais, mais plusieurs situations imposent de s’en passer ou de demander un avis :
- grossesse et allaitement : contre-indication, faute de données de sécurité ;
- allergie aux astéracées (ambroisie, arnica, marguerite) : risque de réaction croisée ;
- traitement anticoagulant ou antiagrégant : interaction possible sur la coagulation, avis médical indispensable ;
- enfants et adolescents : usage non évalué ;
- feuilles fraîches mâchées : aphtes et irritation de la bouche décrits chez certains utilisateurs.
Dans l’essai de Johnson (1985), les patients privés de la plante voyaient leurs maux de tête augmenter. Mieux vaut donc espacer les prises progressivement plutôt que d’arrêter d’un coup, avec l’avis du médecin.
Migraine : quand faut-il consulter ?
La migraine est une maladie neurologique qui touche environ 15 % de la population mondiale selon l’Inserm, avec 20 % des femmes contre 10 % des hommes. Pour l’Organisation mondiale de la santé, elle se situe au troisième rang mondial des causes d’années de vie en incapacité. Le diagnostic repose sur les critères de la classification internationale ICHD-3.
Un avis médical rapide s’impose dans plusieurs cas :
- mal de tête brutal et très intense, « le pire de sa vie » ;
- maux de tête nouveaux après 50 ans ;
- fièvre, raideur de la nuque, confusion ou troubles de la parole ;
- aura qui dure plus d’une heure ou faiblesse d’un côté du corps ;
- antalgiques pris plus de 10 jours par mois.
Ce dernier point est fréquent : l’abus de médicaments de crise entretient lui-même des céphalées. Notre article sur le mal de tête et ses causes aide à faire le tri, et celui sur le sevrage de café détaille une cause souvent oubliée.
Méthode : 6 repères avant d’essayer une plante
- Faire poser le diagnostic de migraine par un médecin.
- Tenir un agenda des crises pendant 4 semaines : date, durée, intensité, médicaments pris.
- Repérer les déclencheurs : manque de sommeil, repas sautés, alcool, règles.
- Vérifier les contre-indications listées plus haut avec son pharmacien.
- Juger sur 2 à 3 mois, comme dans les essais, et non sur une seule crise.
- Comparer l’agenda avant et après, en gardant son traitement habituel.
Compléments alimentaires : quelle place ?
Un complément alimentaire ne remplace ni le diagnostic ni le traitement prescrit d’une migraine. Phytomig, de la gamme PHS, associe 110 mg de feuille de grande camomille par gélule au saule blanc, source de salicine, et au nard de l’Himalaya.
Ce produit ne bénéficie d’aucune allégation santé autorisée et n’a pas été évalué dans un essai clinique. Il est déconseillé en cas d’allergie à l’aspirine, de traitement anticoagulant, de grossesse et chez les moins de 18 ans.
Le magnésium, classé au même niveau B que l’extrait MIG-99 par les recommandations américaines, est mieux documenté sur le plan réglementaire. Selon l’EFSA, il contribue au fonctionnement normal du système nerveux et à la réduction de la fatigue. Notre comparatif sur le magnésium bisglycinate présente les différentes formes.
Questions fréquentes sur la grande camomille et la migraine
La grande camomille est-elle efficace contre la migraine ?
Les essais donnent des résultats partagés. Le plus solide, mené chez 170 patients, montre une baisse de 1,9 crise par mois contre 1,3 sous placebo, soit une différence modeste. La revue Cochrane de 2015 juge les preuves insuffisantes pour conclure. Aucune allégation santé n’est autorisée pour la plante en complément alimentaire.
Combien de temps faut-il pour juger l’effet de la grande camomille ?
Dans les essais cliniques, l’effet était mesuré après 2 à 4 mois de prise quotidienne. L’Agence européenne des médicaments indique qu’environ 2 mois sont nécessaires pour les médicaments à base de cette plante. Tenir un agenda des crises avant et pendant la prise permet de juger objectivement, avec son médecin.
Grande camomille et camomille romaine, est-ce la même plante ?
Non. La grande camomille (Tanacetum parthenium) est une plante distincte de la camomille romaine (Chamaemelum nobile) et de la matricaire (Matricaria recutita). Seule la grande camomille contient du parthénolide en quantité notable, et c’est elle qui a été étudiée dans la migraine. Une tisane de camomille classique n’a pas été évaluée dans cette indication.
Quels sont les effets indésirables de la grande camomille ?
Les essais rapportent surtout des troubles digestifs légers et passagers. Mâcher les feuilles fraîches peut provoquer des aphtes et une irritation de la bouche. Les allergies sont possibles chez les personnes sensibles aux astéracées. La plante est contre-indiquée pendant la grossesse et demande un avis médical en cas de traitement anticoagulant.
Peut-on associer grande camomille et traitement de fond de la migraine ?
Seul le médecin peut répondre, car il connaît le traitement en cours. La grande camomille pourrait interagir avec les anticoagulants et les antiagrégants plaquettaires. Elle ne doit jamais remplacer un traitement de fond prescrit. Signaler toute plante prise au médecin et au pharmacien reste la règle.
⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.
Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.
Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.
Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

