Harpagophytum : que vaut la griffe du diable pour les articulations ?

L’harpagophytum, ou griffe du diable, est l’une des plantes les plus vendues en France pour les articulations qui tirent. Usage traditionnel reconnu en Europe, une vingtaine d’essais cliniques : la réputation est solide. Mais que montrent vraiment les études, à quelle dose, et pour qui la plante est-elle déconseillée ? Bilan honnête, sources à l’appui.

Racine d'harpagophytum séchée, griffe du diable, en morceaux et en poudre à côté d'une infusion

En bref – L’harpagophytum (Harpagophytum procumbens) est une plante d’Afrique australe dont la racine secondaire, riche en harpagoside, est utilisée pour le confort des articulations. L’Agence européenne des médicaments reconnaît depuis 2016 son usage traditionnel pour soulager les douleurs articulaires mineures. Les essais cliniques, dont un essai de 4 mois sur 122 patients publié en 2000, montrent un effet modeste sur la gêne et la raideur, avec une tolérance digestive globalement bonne. La preuve reste de qualité faible à modérée selon la revue Cochrane de 2014. La plante ne reconstruit pas le cartilage et ne remplace aucun traitement. Elle est contre-indiquée en cas d’ulcère gastrique ou duodénal actif et déconseillée pendant la grossesse. Une cure dure 4 semaines, puis on fait le point avec un professionnel de santé.

Harpagophytum : d’où vient la griffe du diable ?

L’harpagophytum est une plante rampante des zones sableuses de Namibie, du Botswana et d’Afrique du Sud. Son nom de griffe du diable vient de ses fruits ligneux hérissés de crochets, qui s’accrochent aux pattes des animaux. La partie utilisée n’est pas le fruit mais la racine secondaire, un tubercule enterré que les populations San et Khoï emploient depuis des siècles contre les douleurs et les troubles digestifs.

Deux espèces sont admises dans la Pharmacopée européenne : Harpagophytum procumbens et Harpagophytum zeyheri. Leurs racines contiennent des iridoïdes, dont l’harpagoside, molécule marqueur sur laquelle les extraits sont titrés. En Europe, la plante a le statut de médicament traditionnel à base de plantes. La monographie de l’Agence européenne des médicaments (EMA), adoptée en juillet 2016, retient deux usages : le soulagement des douleurs articulaires mineures, et celui des troubles digestifs légers comme les ballonnements ou la perte d’appétit passagère. Ce statut repose sur un usage d’au moins 30 ans, pas sur une preuve d’efficacité au sens du médicament classique.

Que disent les études sur les articulations ?

Les essais cliniques suggèrent un effet réel mais modeste de l’harpagophytum sur la gêne articulaire, avec une preuve de qualité inégale. La revue de Brien, Lewith et McGregor publiée en 2006 a recensé 14 études sur l’arthrose, dont 4 essais randomisés contre placebo en double aveugle. Les auteurs notent que les études les mieux conduites vont dans le sens d’une réduction de la douleur, mais que beaucoup de travaux manquent de rigueur méthodologique.

L’essai le plus cité reste celui de Chantre et collaborateurs, publié en 2000 dans Phytomedicine. Pendant 4 mois, 122 patients souffrant d’arthrose du genou ou de la hanche ont reçu soit 2 610 mg par jour de poudre de racine, soit de la diacérhéine, un médicament de référence à l’époque. La douleur spontanée et l’indice fonctionnel de Lequesne ont progressé de façon comparable dans les deux groupes. Les patients sous harpagophytum ont consommé moins d’anti-inflammatoires et ont signalé moins de diarrhées : 8,1 % contre 26,7 %.

Pour le bas du dos, la revue Cochrane d’Oltean et Gagnier, actualisée en 2014, a compilé deux essais totalisant 315 participants. Des doses quotidiennes apportant 50 à 100 mg d’harpagoside ont fait mieux que le placebo à court terme sur la douleur et sur le recours aux antalgiques de secours. Les auteurs classent toutefois cette preuve comme de faible qualité. Dans l’essai de Chrubasik de 1999, sur 197 patients, 10 personnes du groupe fortement dosé étaient sans douleur après 4 semaines, contre 3 sous placebo. Un effet mesurable, mais qui ne concerne qu’une minorité de patients.

Conclusion raisonnable : l’harpagophytum peut contribuer au confort articulaire de certaines personnes, sur une durée de quelques semaines. Il ne s’agit ni d’un antalgique puissant ni d’un produit qui modifie l’évolution d’une maladie. Pour un panorama plus large des approches non médicamenteuses, lisez notre guide sur les articulations au naturel.

Comment agit l’harpagoside ?

L’harpagoside freine, en laboratoire, plusieurs signaux de l’inflammation. L’équipe de Huang et Roufogalis a montré en 2006, sur des cellules humaines et des macrophages de souris, que cette molécule bloque l’activation du facteur NF-kB. Cette voie commande la production de COX-2, l’enzyme ciblée par les anti-inflammatoires classiques, et celle de la NO synthase inductible. D’autres travaux in vitro décrivent une baisse de certaines cytokines produites par les macrophages.

Ces résultats décrivent un mécanisme plausible, mais ils ne prouvent rien chez l’humain. Une molécule active en culture cellulaire peut être mal absorbée ou dégradée dans l’estomac, où l’harpagoside est peu stable. Seuls les essais cliniques permettent de juger l’harpagophytum.

Formes, doses et durée : les repères de la monographie européenne

La dose dépend entièrement de la forme utilisée, car un extrait concentré n’a rien à voir avec une poudre de racine brute. La monographie de l’EMA de 2016 fixe des repères pour chaque préparation. Dans les essais, les extraits apportaient 50 à 100 mg d’harpagoside par jour. Sur une étiquette de complément, cherchez donc la teneur en harpagoside, pas seulement la quantité d’extrait.

Forme d’harpagophytumDose journalière (adulte, EMA 2016)Remarque
Racine coupée en infusion4,5 g dans 500 ml d’eau, en 3 prisesInfusion longue de 8 heures, goût amer
Poudre de racine en gélules435 mg, 3 fois par jour (1,35 g)Forme utilisée dans l’essai de Chantre
Extrait sec aqueux (1,5 à 2,5:1)100 à 1 200 mg, 2 à 3 fois par jour, maximum 2,4 gForme la plus courante en pharmacie
Extrait sec concentré (5 à 10:1)200 à 400 mg, 2 à 3 fois par jour (600 à 800 mg)Vérifier la teneur en harpagoside
Teinture (1:5, éthanol 25 %)0,5 à 1 ml, 3 fois par jour, maximum 3 mlContient de l’alcool

Sur la durée, la règle européenne est simple : si la gêne persiste plus de 4 semaines malgré la prise, il faut consulter un médecin. Dans les essais, les bénéfices apparaissent entre la deuxième et la quatrième semaine.

Précautions, contre-indications et effets indésirables

L’harpagophytum est contre-indiqué en cas d’ulcère gastrique ou duodénal actif, car la racine stimule les sécrétions digestives. Les personnes porteuses de calculs biliaires doivent demander l’avis de leur médecin avant toute prise. L’harpagophytum est déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données, ainsi qu’avant 18 ans.

Les effets indésirables rapportés sont surtout digestifs : diarrhée, nausées, douleurs abdominales. Des maux de tête, des vertiges et des réactions allergiques cutanées ont aussi été signalés. La revue de sécurité de Vlachojannis et Chrubasik, publiée en 2008 à partir de 28 essais cliniques, chiffre les effets mineurs à environ 3 % des patients, sans excès par rapport au placebo dans les études en double aveugle. Les auteurs réclament toutefois davantage de données sur les prises longues.

Une articulation gonflée, rouge ou chaude, surtout avec de la fièvre, doit être examinée par un médecin avant toute prise d’harpagophytum. Les personnes sous anticoagulant, antidiabétique ou traitement cardiaque demandent conseil à leur pharmacien : la monographie ne signale aucune interaction documentée, mais la prudence reste de mise.

Arthrose : ce que l’harpagophytum ne fait pas

L’arthrose touche 10 millions de personnes en France, dont 65 % des plus de 65 ans selon l’Inserm. Elle use le cartilage, enflamme la membrane synoviale et remodèle l’os situé dessous. Aucune plante, harpagophytum compris, ne reconstruit un cartilage usé, et l’Inserm rappelle qu’il n’existe pas encore de traitement capable d’arrêter l’évolution de la maladie. L’harpagophytum agit sur le ressenti, pas sur la cause.

Le diagnostic et le suivi relèvent du médecin. L’harpagophytum vient en appoint pour le confort au quotidien, aux côtés de l’activité physique douce et du contrôle du poids. Nos articles sur l’arthrose du genou et sur le sulfate de glucosamine détaillent ces mesures d’accompagnement.

Bien choisir et bien utiliser l’harpagophytum : la méthode en 6 points

  • Vérifier le titrage : la teneur en harpagoside doit figurer sur l’étiquette, idéalement 50 mg par jour au minimum.
  • Préférer un extrait standardisé à une poudre brute dont la teneur varie d’un lot à l’autre.
  • Prendre les gélules au cours des repas pour limiter l’inconfort gastrique.
  • Tenir un carnet : noter la raideur du matin et la gêne à la marche, sur 10, avant la cure et chaque semaine.
  • Faire le point à 4 semaines : sans amélioration nette, inutile de poursuivre, et il faut consulter.
  • Signaler la prise au médecin et au pharmacien, comme pour tout complément alimentaire.

Les actifs marins, une autre voie pour le confort articulaire

Toutes les personnes ne tolèrent pas l’harpagophytum, et certaines ne peuvent pas en prendre à cause d’un ulcère ou de calculs biliaires. La gamme HOD de Labeffiplex a fait un autre choix pour le confort articulaire : des actifs d’origine marine. Flexiplex apporte 1 000 mg par jour d’extrait de moule à lèvres vertes de Nouvelle-Zélande (Perna canaliculus), un mollusque riche en lipides spécifiques et en glycosaminoglycanes. Chondro-S fournit 800 mg de cartilage de requin titré à 90 % de sulfate de chondroïtine, un composant naturel du cartilage et une source de soufre.

Ces formules à ingrédient unique s’adressent aux adultes qui cherchent un soutien du confort articulaire, en dehors de toute pathologie déclarée et sans allergie aux produits de la mer. Elles ne remplacent pas une prise en charge médicale.

Sources

  • Agence européenne des médicaments (HMPC). European Union herbal monograph on Harpagophytum procumbens DC. and/or Harpagophytum zeyheri Decne., radix, 2016. ema.europa.eu
  • Brien S, Lewith GT, McGregor G. Devil’s Claw (Harpagophytum procumbens) as a treatment for osteoarthritis: a review of efficacy and safety. J Altern Complement Med, 2006. PubMed 17212570
  • Chantre P et al. Efficacy and tolerance of Harpagophytum procumbens versus diacerhein in treatment of osteoarthritis. Phytomedicine, 2000. PubMed 11185727
  • Oltean H, Robbins C, van Tulder MW, Berman BM, Bombardier C, Gagnier JJ. Herbal medicine for low-back pain. Cochrane Database Syst Rev, 2014. PubMed 25536022
  • Chrubasik S et al. Effectiveness of Harpagophytum extract WS 1531 in the treatment of exacerbation of low back pain. Eur J Anaesthesiol, 1999. PubMed 10101629
  • Vlachojannis J, Roufogalis BD, Chrubasik S. Systematic review on the safety of Harpagophytum preparations for osteoarthritic and low back pain. Phytother Res, 2008. PubMed 18236448
  • Huang TH et al. Harpagoside suppresses lipopolysaccharide-induced iNOS and COX-2 expression through inhibition of NF-kappa B activation. J Ethnopharmacol, 2006. PubMed 16203115
  • Inserm. Dossier Arthrose. inserm.fr

⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.

Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.

Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.

Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

Jean-Marie Butterlin

Rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex. Fondateur d'UltraSanté, coauteur de La Bible de la Longévité avec le Dr Moulay Ali Belghiti.

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