Les craquements articulaires sont des bruits secs ou des grincements produits par une articulation en mouvement : doigts que l’on fait craquer, genou qui claque en se relevant, épaule qui crépite. Dans la grande majorité des cas, ils sont bénins et sans douleur. Ils ont pourtant plusieurs origines, de la simple bulle de gaz à l’usure du cartilage, et certains signes associés méritent un avis médical.

En bref – Les craquements articulaires sont des bruits émis par une articulation qui bouge, le plus souvent sans gravité. La cause la plus fréquente est la formation brutale d’une cavité de gaz dans le liquide synovial quand on étire une articulation, comme lors du craquement des doigts. Viennent ensuite les tendons qui accrochent, la rotule qui frotte, l’usure du cartilage et les lésions internes. Faire craquer ses doigts ne favorise pas l’arthrose selon les études disponibles. Une douleur, un gonflement ou un blocage associés justifient une consultation. Aucun complément alimentaire ne fait disparaître ces bruits, mais la vitamine C contribue à la formation normale de collagène pour assurer la fonction normale des cartilages.
D’où viennent les craquements articulaires ?
Les craquements articulaires naissent d’un changement brusque de pression ou d’un frottement entre deux structures. On distingue deux familles de bruits, de signification très différente.
- Le craquement franc et unique (le « crac » des doigts ou du dos) : il ne se reproduit pas avant plusieurs minutes et provient du liquide articulaire.
- La crépitation : de petits grincements répétés à chaque mouvement, comme du sable, qui évoquent un frottement de surfaces.
Ces craquements articulaires sont très répandus : selon l’étude échographique de Boutin et coll. publiée en 2017, 25 à 45 % des adultes font volontairement craquer leurs doigts.
Cause n°1 : une bulle de gaz dans le liquide synovial
Le « crac » des doigts vient du liquide synovial, le fluide qui lubrifie l’articulation. Quand on tire sur un doigt, la pression chute dans la capsule et les gaz dissous forment brutalement une cavité : c’est la cavitation, la cause la plus fréquente des craquements articulaires.
Dès 1971, l’étude d’ingénierie d’Unsworth, Dowson et Wright a décrit ce mécanisme et observé qu’une articulation qui vient de craquer ne peut pas recraquer avant une vingtaine de minutes, le temps que les gaz se redissolvent. En 2015, l’IRM en temps réel de Kawchuk et coll. a filmé cette cavité au moment du bruit.
Le modèle de Chandran Suja et Barakat (2018) attribue plutôt le son à l’effondrement partiel de la bulle. Dans les deux cas, ces craquements articulaires restent un phénomène physique banal, sans lésion du cartilage.
Cause n°2 : un tendon ou un ligament qui accroche
Des craquements articulaires qui se répètent à chaque mouvement, sans délai de repos, viennent souvent d’un tendon qui glisse sur une saillie osseuse, à la hanche, au genou ou à la cheville.
La hanche à ressaut en offre l’exemple type. La revue de Cara Lewis publiée en 2010 explique que ce claquement provient soit de la bandelette ilio-tibiale sur le côté de la hanche, soit du tendon du psoas à l’avant. La plupart des cas s’améliorent avec des mesures simples : éviter le geste qui déclenche le bruit, pratiquer des étirements et adapter l’entraînement.
Un ressaut indolore ne demande aucune prise en charge. S’il devient douloureux, un bilan chez un médecin du sport ou un kinésithérapeute s’impose.
Cause n°3 : la rotule qui frotte sous le genou
Au genou, les craquements articulaires proviennent souvent de l’articulation entre la rotule et le fémur, très sollicitée dans les escaliers ou en squat. Ils sont fréquents, même sans douleur.
L’étude de de Oliveira Silva et coll. (2018), menée auprès de 165 femmes souffrant de douleurs fémoro-patellaires et de 158 femmes sans douleur, l’illustre bien. Les crépitations étaient plus fréquentes dans le groupe douloureux, mais elles n’étaient liées ni à la fonction du genou, ni au niveau d’activité physique, ni à l’intensité de la douleur.
Un genou qui crépite n’est donc pas forcément abîmé. Notre article sur les douleurs articulaires détaille les autres causes de gêne au quotidien.
Cause n°4 : l’usure du cartilage et l’arthrose
Quand le cartilage s’amincit, les surfaces articulaires deviennent moins lisses et le mouvement s’accompagne d’un grincement. Ces craquements articulaires grinçants, associés à une raideur ou à une douleur à l’effort, évoquent l’arthrose.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’arthrose touchait 528 millions de personnes dans le monde en 2019, et le genou est l’articulation la plus souvent concernée. Le dossier de l’Inserm sur l’arthrose cite l’âge, le surpoids et les traumatismes anciens parmi les facteurs de risque.
Le bruit peut précéder les symptômes. Dans la cohorte américaine analysée par Lo et coll. en 2018 sur 3 495 participants sans arthrose symptomatique au départ, le risque d’arthrose douloureuse du genou augmentait avec la fréquence des crépitations, jusqu’à un risque multiplié par 3 chez ceux qui en entendaient « toujours ». C’est une association : ces craquements des articulations signalent un terrain à surveiller, ils ne causent pas l’arthrose. Pour ce cas précis, notre guide sur l’arthrose du genou présente les gestes utiles.
Cause n°5 : une lésion mécanique ou une inflammation
Des craquements articulaires apparus après un choc, avec blocage ou sensation de dérobement, peuvent signaler une lésion interne : ménisque déchiré, bourrelet abîmé à la hanche ou à l’épaule, fragment de cartilage libre.
Une articulation chaude, gonflée et douloureuse qui craque évoque plutôt une inflammation, d’origine mécanique ou rhumatismale. Si la raideur domine le matin et dure plus de 30 min, notre article sur la raideur articulaire au réveil aide à distinguer les profils. Seul un médecin peut alors poser un diagnostic, souvent avec une échographie ou une IRM.
Faire craquer ses doigts donne-t-il de l’arthrose ?
Non, selon les études disponibles sur ces craquements articulaires volontaires. L’enquête de deWeber et coll. (2011) sur 215 personnes de 50 à 89 ans a trouvé une arthrose chez 18,1 % de ceux qui faisaient craquer leurs doigts contre 21,5 % des autres, une différence non significative.
Le médecin Donald Unger a fait craquer les doigts d’une seule main pendant plus de 60 ans, sans arthrose d’un côté ni de l’autre. L’étude de Boutin, sur 400 articulations, n’a trouvé aucune perte de force.
Une nuance subsiste : chez 300 patients de plus de 45 ans, Castellanos et Axelrod (1990) ont relevé davantage de gonflement de la main et une force de préhension plus faible chez les adeptes du craquement. Aucun dommage n’est démontré pour ces craquements des articulations volontaires, mais rien n’oblige à les entretenir.
Bruit bénin ou signe d’alerte : le tableau de repérage
Face à des craquements articulaires, le bruit compte moins que ce qui l’accompagne. Ce tableau résume les cinq profils.
| Type de bruit | Cause probable | Signes associés | Que faire ? |
|---|---|---|---|
| « Crac » unique, non répétable avant 20 min | Bulle de gaz dans le liquide synovial | Aucun, parfois sensation de détente | Rien de particulier |
| Claquement à chaque mouvement | Tendon ou ligament qui accroche | Parfois gêne locale | Étirements, adapter l’effort ; avis si douleur |
| Crépitation sous la rotule | Frottement fémoro-patellaire | Gêne en escalier ou en squat | Renforcement musculaire, kinésithérapie si douleur |
| Grincement avec raideur | Usure du cartilage, arthrose | Douleur à l’effort, raideur matinale courte | Consulter, activité adaptée, contrôle du poids |
| Bruit après un choc, avec blocage | Lésion de ménisque ou de bourrelet | Gonflement, dérobement, blocage | Consulter rapidement |
Un avis médical s’impose sans attendre si l’articulation est chaude ou rouge, si elle gonfle, si elle se bloque, ou si la douleur réveille la nuit. Une fièvre associée impose une consultation le jour même.
Méthode en 5 gestes pour garder des articulations mobiles
Ces habitudes ne font pas taire les craquements articulaires bénins, mais entretiennent la mobilité et le cartilage :
- Bouger chaque jour : les recommandations de l’OMS sur l’activité physique retiennent 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine chez l’adulte. Marche, vélo et natation sollicitent les articulations sans les heurter.
- Renforcer les muscles autour du genou et de la hanche deux fois par semaine : des muscles solides répartissent mieux les charges sur le cartilage.
- S’échauffer 5 à 10 minutes avant le sport.
- Surveiller son poids : chaque kilo en trop augmente la charge sur les genoux à chaque pas.
- Éviter de forcer les craquements volontaires de la nuque ou du dos par des torsions brusques.
Compléments alimentaires : quel soutien pour le cartilage ?
Aucun complément alimentaire n’a montré d’effet sur les craquements articulaires eux-mêmes. Pour le cartilage, le règlement (UE) n° 432/2012 reconnaît une seule allégation pertinente : la vitamine C contribue à la formation normale de collagène pour assurer la fonction normale des cartilages.
Vitamine C Liposomale+ apporte environ 218 mg de vitamine C par millilitre, en complément d’une alimentation riche en fruits et légumes.
L’extrait de moule à lèvres vertes ou la chondroïtine sont aussi utilisés pour le confort articulaire, sans allégation de santé autorisée à ce jour. Notre article sur la chondroïtine et le cartilage fait le point sur les études. Par prudence, l’Anses déconseille les compléments à base de glucosamine ou de chondroïtine aux personnes diabétiques, asthmatiques, sous anticoagulants ou allergiques aux crustacés, ainsi qu’aux femmes enceintes.
Questions fréquentes sur les craquements articulaires
Pourquoi mes articulations craquent-elles sans douleur ?
Le plus souvent, une bulle de gaz se forme dans le liquide synovial quand l’articulation s’étire, ou un tendon glisse sur un relief osseux. Ces craquements articulaires indolores sont bénins et ne signalent pas une usure du cartilage, tant qu’ils ne s’accompagnent ni de douleur ni de gonflement.
Faire craquer ses doigts est-il dangereux ?
Les études disponibles n’ont trouvé aucun lien entre le craquement des doigts et l’arthrose de la main. Une enquête de 2011 sur 215 personnes de 50 à 89 ans a observé autant d’arthrose chez ceux qui faisaient craquer leurs doigts que chez les autres.
Un genou qui craque est-il un signe d’arthrose ?
Pas forcément. Les crépitations sous la rotule sont fréquentes chez des personnes sans douleur. Des crépitations très fréquentes, avec raideur ou douleur à l’effort, peuvent accompagner une arthrose débutante et justifient un avis médical, surtout après 50 ans.
Quand faut-il consulter pour des craquements articulaires ?
Il faut consulter si le bruit s’accompagne d’une douleur, d’un gonflement, d’une chaleur, d’un blocage ou d’une perte de mobilité, ou s’il apparaît après un choc. Un craquement isolé et indolore ne demande aucune démarche.
Quelle vitamine pour le cartilage des articulations ?
Selon le règlement européen sur les allégations de santé, la vitamine C contribue à la formation normale de collagène pour assurer la fonction normale des cartilages. On la trouve dans les agrumes, le kiwi ou le poivron. Un complément peut compléter l’alimentation, sans effet démontré sur les bruits articulaires eux-mêmes.
⚕️ Avertissement médical : Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un médecin avant toute supplémentation, en particulier en cas de traitement, grossesse ou pathologie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical prescrit ni une alimentation équilibrée.
Écrit par Jean-Marie Butterlin, rédacteur santé et responsable éditorial de Labeffiplex.
Fondateur du média santé et longévité UltraSanté, coauteur avec le Dr Moulay Ali Belghiti du livre La Bible de la Longévité. Il rédige et supervise les contenus santé de Labeffiplex, avec des sources scientifiques citées et une distinction claire entre ce qui est prouvé et ce qui reste hypothétique.
Information générale, sans valeur de diagnostic ni de prescription. Un complément alimentaire ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

